1. Accueil
  2. Rechercher

UN JOURNAL, DES ARTICLES EPHEMERES, UNE ACTUALITE , lus ailleurs et à partager

HUIT JOURS POUR LE CLIMAT

Les jours qui viennent vont donner un nouveau coup d’accélérateur à cette mobilisation : vendredi 20 septembre, des grèves pour le climat auront lieu internationalement, avec le soutien de nombreux syndicats de travailleurs ; samedi, une grande marche pour le climat aura lieu en France, en même temps que les Gilets jaunes reviendront dans la rue ; lundi 23, l’Assemblée générale des Nations unies sera consacrée au climat ; mercredi 25, le Giec adoptera un nouveau rapport sur les océans, les banquises et les glaciers. La séquence est si intense que Reporterre a décidé de l’accompagner par une série d’articles de fond, dès aujourd’hui, sous le sigle « Huit jours pour le climat ».

Ct-joint le lien du dossier de REPORTERRE https://m.reporterre.net/Huit-jours-pour-le-climat

logo_8_jours_pour_le_climat-_final.png

LA MARCHE...VUE PAR CHRISTOPHE ANDRE

« Marcher dans une forêt entre deux haies de fougères transfigurées par l’automne, c’est cela un triomphe. Que sont à côté suffrages et ovations ? » Cioran, penseur réputé pour son nihilisme, n’aimait rien plus que de longues marches dans la nature, qu’il s’agisse de campagnes ou de forêts, où il puisait vraisemblablement inspiration et réconfort.

L’autre jour, en bavardant avec une amie, je lui expliquais que j’avais besoin d’aller marcher tous les jours dans le vert, de me balader une heure, comme ça, sans but, pour faire du bien à mon corps et nettoyer mon esprit. Et que je ne refusais jamais une proposition de promenade avec des amis. Mon amie en riait, en me racontait qu’elle était obligée de faire la même chose plusieurs fois par jour, mais pour balader son chien.

Et je songeais alors que ce qu’elle faisait pour son chien, ça me faisait du bien le faire pour moi : que j‘étais dans l’histoire à la fois le maître et le chien. Le chien de moi-même : une moitié infatigable et toujours prête à sortir faire un tour ; une moitié parfois plus paresseuse et rapide à trouver des arguments pour rester dedans (trop froid, trop chaud, trop nuit, un peu grippé, fatigué, trop de choses à faire…).

Mais c’est toujours le chien en moi qui gagne : ni la pluie ni le mauvais temps ne me dissuadent jamais ; simplement, je m’équipe en conséquence. Et les promenades, dans les bois ou sur les plages, lorsqu’elles ont lieu sous la pluie, ont ceci de savoureux qu’on y est seul, que les odeurs y prennent une note particulière et différente de ce que l’on renifle par temps sec : un plaisir supplémentaire !

Depuis quelques années, lors de mes marches dans les bois, je croise de plus en plus de grands troupeaux de chiens, accompagnés d’un ou deux dog-sitters, souvent des femmes. Ces bandes sont sympathiques et amusantes : les chiens ont de bonnes têtes, appartiennent à des races incroyablement variées, ont des comportements sociaux très différents, entre les leaders et les suiveurs, les autonomes et les dépendants ; leur joie d’être ensemble à galoper et renifler dans la nature fait plaisir à voir.

Mais par ailleurs, les croiser ne me réjouit pas pleinement : leurs accompagnatrices hurlent et braillent régulièrement pour les rappeler à l’ordre, c’est moins agréable à entendre que les chants d’oiseaux. Et puis leur présence est un symptôme : leurs maîtres les ont achetés pour un prix élevé (ce sont des chiens de race) et n’ont pas le temps de s’en occuper (puisqu’ils les mettent en pension).

Cela aboutit à des cacas en plus sur les trottoirs ou au milieu des chemins, de l’argent gaspillé et des animaux tués pour leur nourriture, et des chiens chargés de mission (soutien affectif aux propriétaires ou signe de statut et de distinction sociale). Drôle d’époque…

Je croise aussi parfois, même dans les bois, des humains juchés sur ces engins urbains destinés à nous épargner des efforts de déambulation, comme les trottinettes électriques et autres gyropodes motorisés : sous prétexte d’économiser nos forces et nos articulations, ils risquent de nous priver – entre autres bienfaits - de cette source gratuite et écologique d’émotions positives que représente la marche. Absurde, tout de même, quand on sait la grande fréquence des symptômes de stress et de dépression !

D’ailleurs, psychiatres, psychologues et autres soignants ne devraient-ils pas proposer plus souvent à leurs patients des consultations marchées, où les échanges psychothérapiques auraient lieu dans les jardins publics du quartier ? Ils rejoindraient ainsi la prestigieuse filiation des philosophes péripatéticiens (du grec peripatetikos : « qui aime se promener »), dont Aristote fut le chef de file, et qui appréciaient de réfléchir en déambulant et en discutant entre eux.

Car la marche, de nombreuses études l’ont prouvé, a aussi d’autres vertus que celles de nous remonter le moral, facilitant la créativité, la concentration, la neurogenèse, freinant le déclin cognitif, etc.

Mais ceci est une autre histoire, et d’ailleurs, il est maintenant temps pour vous d’aller vous dégourdir les jambes !

PS : cet article a été initialement publié dans Kaizen en juillet-août 2019

IMG_5599.JPG La forêt domaniale de l'Escandorgue

LE SAUVAGE EST NOTRE AVENIR

Reporterre4.jpg 2 septembre 2019 / Alain-Claude Rameau

Notre « civilisation », explique l’auteur de cette tribune, se définit par son mépris, sinon le dégoût, des « choses de la nature ».

Alain-Claude Rameau est l’auteur de Nos forêts en danger, publié aux éditions Atlande en 2017. Il est forestier, écologue et s’investit dans de nombreuses ONG régionales et nationales traitant de la forêt et de ses enjeux. Il fait aussi partie de l’Agence régionale pour la biodiversité en Nouvelle-Aquitaine et des experts forêts du comité français de l’UICN, l’Union internationale pour la conservation de la nature.

"Un jour viendra où l’on jugera notre société non à la manière dont elle a dominé la nature, mais à la part de sauvage qu’elle aura été capable de sauvegarder" Robert Hainard, cité dans À la découverte de la France sauvage, de A.Persuy, Le sang de la Terre, 2013

Cette citation de Robert Hainard illustre parfaitement une des questions fondamentales posées par l’arrogance de notre « civilisation » et la totale déconnexion des choses de la nature que montrent une majorité de nos contemporains : qu’une malheureuse herbe s’entête à conquérir quelques bas de murs, quelques bordures de trottoir en ville, la voici immédiatement condamnée par des citadins en mal de béton. Qu’un téméraire renard ose poser les pattes nuitamment sur quelque artère urbaine, l’indignation sélective de certains ne manque pas : un animal SAUVAGE en ville ? Vous n’y pensez pas !

Quant à ceux qui se hasardent en pays étranger, c’est-à-dire en forêt, bien souvent leur hardiesse se limite à faire cent mètres à côté de la voiture… Mais certains regardent sans doute sur leur iPhone, tablette ou écran télé des documentaires animaliers confortables : pas d’odeurs ni de météo désagréable : une nature offerte et aseptisée !

Tout ce qui échappe à la maîtrise humaine, au contrôle, à la mise en équations, perturbe

Parler de boisements en libre évolution, c’est-à-dire livrés au lent déroulement des mécanismes naturels, à la course lente du temps et à ses stigmates, fait horreur à certains : tout ce qui échappe à la maîtrise humaine, au contrôle, à la mise en équations, perturbe. Jusqu’à certains professionnels de la nature : qui n’a vu des terrains « protégés » affublés de panneaux informatifs sophistiqués, voire de sculptures et autres éléments d’aménagement, comme si la simple contemplation était suspecte de ringardise ?

La friche, le marais, le lierre, la ronce, le bois mort, la lande, autant de mal aimés, d’incompris, de vilipendés, car synonymes, révélateurs d’espaces perdus… mais perdus pour qui, au fait ? Les promoteurs, les bétonneurs, les aménageurs ? Certes pas pour l’ortie, le petit mammifère, l’araignée, le passereau et le papillon, la fleur sauvage et le silence réparateur.

En un autre siècle, des civilisations autres que la nôtre étaient qualifiées de sauvages, donc de primitives, termes se rejoignant dans l’opprobre et le déclassement : alors même que ces peuplades n’avaient que très rarement détruit leur environnement, destruction qui est une des belles preuves de civilisation que notre société productiviste persiste à étaler au gré de ses appétits.

Savoir admirer la magie des plumes, des rameaux, des herbes et des vents, des épines et des ombres, des mousses

Nonobstant le « bon sauvage » cher à Rousseau, nous avons partout méprisé, écrasé ce qui n’était pas nous, imposé notre pouvoir, notre religion, notre technologie, ivres de puissance et de fatuité.

L’animal sauvage est réputé res nullius [sans maître, mais appropriable]. Il est livré « au plus tirant » ! traqué et tué au gré des lobbys et de ceux qui ne voient en lui qu’objet de loisir, en lui déniant tout droit d’existence.

Il est alors grand temps de célébrer le sauvage, de savoir admirer la magie des plumes, des rameaux, des herbes et des vents, des épines et des ombres, des mousses et de leur espace de libre expression, ce jardin de nature qui vit s’épanouir l’incroyable diversité du vivant.

Nous en sommes comptables : le sauvage, que d’aucuns voudraient rejeter dans le passé, est notre avenir, si tant est que nous soyons encore demain ouverts à l’émerveillement de l’altérité.

LA SAGA DE DOUILLOUIS

29 juin 2019 Bienvenue au pays de l' ours https://www.paysdelours.com/ Douillouis1.jpg RAYMOND ROIG/AFP

Dans GEOLOGICA y a longtemps que je ne vous ai pas parlé des ours des Pyrénées. Voici, la saga de Douillouis : un petit ourson ariégeois, retrouvé seul, recueilli par l' ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage ), mis à l'abri dans le Tarn, puis fugueur et finalement retrouvé et remis « en lieu sûr ». Happy ending !

C'est une dépêche de FR3 Occitanie qui l'annonce : « Un jeune ours des Pyrénées, sans doute né durant l'hiver, a été retrouvé ce lundi 10 juin, esseulé, sans doute coupé de sa mère, indique la préfecture de l'Ariège. »  C'est un habitant qui a signalé l'ourson isolé aux autorités. L'ourson se trouvait près de Salau, sur la commune de Coufflens, vraisemblablement écarté de sa mère par un mâle.

Dans la foulée, les services du suivi de l'ours de l'Office national de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) sont intervenus et mettent en place le protocole "ours en difficulté"

L'ourson va être confié à un centre de soins vétérinaires, a indiqué la préfecture qui publie une photo de l'ourson en cage.

Douillouis.jpg Cet ourson on va l'appeler Douillouis, nom du lieu où il a été retrouvé. A L'AFP, Nicolas Alban délégué Occitanie de l'ONCFS donne quelques détails, : l'ourson aurait 5 mois environ, non sevré et la séparation avec sa mère la fortement affaibli, dénutri et déshydraté soulignant qu'il n'avait « aucune chance de survie dans la nature ».

Après examen vétérinaire, Douilllouis est transféré dans le Tarn, à Saint-Pierre de Trivisy, un secteur montagneux et forestier, chez un spécialiste des animaux sauvages pour se requinquer Et un petit feuilleton commence  Petit ourson est fugueur, il ne lui faudra que quelques jours pour échapper à la vigilance de son gardien, creuser un trou sous le grillage et retrouver sa liberté bien loin des Pyrénées. Le petit Douillous n'ira pas très loin, repéré proche de son enclos par un agriculteur, s'ensuit une petite course-poursuite à travers champs , l'ourson est vite rattrapé. L’objectif est désormais, comme la première fois, de la requinquer sans qu’il s’habitue à l’homme pour le relâcher ensuite dans les Pyrénées L’endroit où se situe sa nouvelle infirmerie, la deuxième en une semaine dans la vie mouvementée du petit Douillous, n’a pas été révélé. Happy end !

Une cinquantaine d'ours vivent dans le massif pyrénéen

Début juin, l'Office, qui est en charge des politiques publiques en matière de biodiversité, avait annoncé que les deux oursons de Sorita, l'une des deux ourses slovènes introduites dans les Pyrénées en 2018, avaient probablement été tués par un ours mâle.

Les deux oursons étaient nés dans les Hautes-Pyrénées dans la tanière de leur mère fécondée en Slovénie. Mi-avril, les agents de l'ONCFS avaient pu confirmer la présence des bébés aux côtés de Sorita mais, n'avaient, depuis lors, plus retrouvé de traces de vie. Selon l'ONCFS, une cinquantaine d'ours vivent dans le massif pyrénéen avec une concentration d'individus dans « un noyau central dans l'ouest de l'Ariège », à l'endroit même où l'ourson a été sauvé.

INTERVIEW - RENCONTRE AVEC FRED VARGAS - Club Nouvelles Clés -Juin 2019 Fed Vargas.jpg On connaissait la romancière aux millions de lecteurs, on oubliait que sa formation était scientifique et qu'il s'agissait d'une militante de choc. Son immense talent de reine du suspense, Fred Vargas le met au service de la cause écologique. Dieu sait si nous sommes chaque jour assaillis par des chiffres affolants, sur le climat, la pollution, la mort des espèces et de l'humus, les flux migratoires qui en résultent, etc. Mais jamais on ne nous avait présenté ces chiffres comme dans L'Humanité en péril ! C'est fait avec tant d'intelligence, d'humour noir et de révolte, que vous êtes OBLIGÉ de tout lire. Et vous comprenez, entre mille autres exemples, que quand le GIEC (le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) supplie les Etats de tout faire pour rester en-dessous de 2° C de hausse de température, c'est que cette moyenne signifierait, sur bien des continents, une hausse de 10° C et donc une menace de mort pour 75 % de l'humanité. Ce livre est un manifeste époustouflant contre les Etats et les multinationales. Il se termine par une double liste de recommandations : à l'intention des gouvernants, mais surtout à la nôtre. Le mouvement pour le climat doit s'amplifier, partout, et surtout très vite. C'est une lutte pour la vie.

Auteure d'une vingtaine de romans policiers, dont le commissaire Adamsberg est souvent le héros, tous grands best-sellers et adaptés à l'écran, Fred Vargas s'est plusieurs fois engagée politiquement depuis les années 2000. Avec L'Humanité en péril, elle franchit un pas décisif : le combat écologique devient pour elle la question n°1. Futura.jpg L'interview

Patrice van Eersel : Vous parvenez (avec maestria) à nous faire avaler des kilomètres de chiffres terribles. Le but est-il de nous réveiller d’un sommeil profond ?

Fred Vargas : Mon but est de lutter contre la désinformation totale dont les gens sont victimes. Si bien que nous continuons de vivre comme si de rien n’était, alors qu’un immense danger menace l’humanité. Je pense qu’une fois les gens informés, ils se mobiliseront nécessairement.

Patrice van Eersel : Votre critique n°1 vise-t-elle surtout les Etats, qui savent tout mais se taisent ?

Fred Vargas : Oui, j’estime que les gouvernants avaient depuis des décennies (premier Sommet de la Terre en 1972 !) le devoir impérieux de nous informer de la situation planétaire. Mais informer les gens du péril, c’est risquer de créer une contraction économique : or leur priorité, tous bords confondus, va toujours à l’Argent et donc à la consommation. C’est cette obsession constante qui a amené l’humanité au bord du gouffre.

Patrice van Eersel : Ne faites-vous aucune confiance aux puissants, comptant uniquement sur « les Gens », comme vous dites ?

Fred Vargas : Votre question est double ! Non, je ne leur fais aucune confiance. D’une part parce qu’ils sont englués dans une volonté de croissance mortifère qu’ils souhaitent à toute force perpétuer. D’autre part parce que cela fait au moins quarante ans qu’ils auraient dû agir !Mais ils n'ont rien fait, et vont au contraire dans le mauvais sens. Un seul exemple : lors de la dernière Conférence sur le climat il y a quatre mois (la COP, la 24e !), les gouvernants ont décidé de passer outre la recommandation du GIEC (l'inattaquable Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'évolution du climat) de ne surtout pas dépasser une température de 1,5° C, et ont opté pour une augmentation de + 2° C malgré le signal d'alarme tiré par l'ONU ! Les gens, parce que mal informés, se disent : « 2° C de plus, ce n'est pas grand-chose. » Au contraire, c'est énorme. Car ces 2° C sont une moyenne mondiale, qui tient donc compte de la température des océans, des pôles, etc.Les gouvernants sont à la merci des richissimes multinationales industrielles (les lobbies) qui ne veulent en aucun cas réduire leurs profits, synonymes d’émissions de gaz à effet de serre et de pollution. J’estime donc que le changement obligatoire, vital, ne viendra pas « d’en-haut », mais bien « d’en-bas ». Les gens et les jeunes n’admettront pas de voir leur vie sacrifiée au profit du monde des Affaires ! J’ai exposé dans mon livre tout ce que nous, nous pouvions faire, par exemple contre l’immense et destructeur lobby de l’élevage-agriculture industriel, qui prélève 70 % de l’eau de la planète (!), qui est la première source de pollution des eaux et des pluies acides, et qui émet de grandes quantités de gaz à effet de serre !

Patrice van Eersel : Les révoltes populistes seraient un début de réponse ?

Fred Vargas : Si par « populiste » vous entendez gouvernements d’extrême-droite, ce serait une catastrophe ! Mais si vous entendez par là un rejet massif de la passivité des gouvernants et du règne des lobbies, alors oui, le changement de nos comportements, les manifestations, les luttes (sans violence) apporteront une réponse. Nous allons assister à la fi n de ce système qui a causé notre chute, et à l’émergence de nouveaux modèles d’existence, indispensables à notre survie. FV.jpg COQUELICOTS ET LUTTE POUR LE CLIMAT

6 juin 2019 / Fabrice Nicolino

Les coquelicots1.png

« Comment pourrait-on supporter d’avoir détruit l’Empire des pesticides si le monde était transformé en fournaise ? » .

Fabrice Nicolino est président de Nous voulons des coquelicots, qui milite pour l’interdiction de tous les pesticides de synthèse. Le mouvement des Coquelicots se déploie sous la forme d’une pétition et d’une mobilisation chaque premier vendredi du mois. Ce mois-ci Fabrice propose aux groupes locaux des Coquelicots d’organiser un mariage festif entre les Coquelicots et la mobilisation contre le dérèglement climatique.

Permettez à l’auteur de ce texte de dire aux plus jeunes des lecteurs : je vous envie un peu. Une extraordinaire aventure vous attend. Une aventure historique. Mieux, une aventure collective sans aucun précédent connu. Il s’agit hélas d’une guerre contre l’extermination du vivant, mais elle n’aura rien à voir avec les précédentes.

****Ceux qui la mènent et la mèneront à vos côtés portent en oriflamme la beauté du monde, et réussiront fatalement à réunir les sociétés humaines. Il n’est pas possible, il n’est pas concevable que de si dérisoires minorités assoiffées d’or fassent tourner l’univers au son abominable du chiffre d’affaires. Cela ne sera plus longtemps toléré, et vous serez, j’en suis réellement convaincu, au rendez-vous.

Jeunes et moins jeunes gens qui vous levez ces jours-ci, l’action contre le dérèglement climatique et celle contre les pesticides sont voisines et parallèles. À quoi servirait de désamorcer la bombe climatique dans un monde privé du pépiement des oiseaux et de la joliesse des papillons ? Mais comment pourrait-on supporter d’avoir détruit l’Empire des pesticides si le monde était transformé en fournaise, traversé d’inondations et de typhons ?

Les coquelicots2.png

Le mouvement des Coquelicots, lancé le 12 septembre 2018, promet une victoire à notre portée. Entre 700 et 800 rassemblements simultanés ont lieu le premier vendredi de chaque mois devant les mairies de notre pays, soit plusieurs dizaines de milliers de personnes. Chaque mois. Et 720.000 femmes et hommes ont déjà rejointl’Appel des Coquelicots, qui n’a jamais été une pétition, mais un solennel engagement à l’action. Nous visons toujours cinq millions de soutiens en octobre 2020.

Est-ce fou ? Alors nous le sommes. Mais la société française est prête, ainsi que le montre, après tant d’autres signaux, un sondage de l’Ifop publié fin mai. 89 % des Français sondés sont pour une interdiction totale des pesticides d’ici à cinq ans. Nous sommes la société, et ceux qui défendent l’empoisonnement ne sont jamais qu’une coterie.

Ce vendredi 7 juin aura lieu notre neuvième rassemblement mensuel – à 18h30 – et nous avons proposé aux groupes locaux d’organiser un mariage festif entre les Coquelicots et la mobilisation en cours contre le dérèglement climatique. Proposé, et non imposé, car notre mouvement a la chance de ne pas connaître les ordres, la hiérarchie, la contrainte. Nous savons, car nous avons confiance dans notre force, que les décisions sur le terrain seront de toute façon les meilleures. La grâce autrefois éternelle des papillons, leurs démentes couleurs... Tout cela s’en va au grand galop de la mort

A-t-on seulement le choix ? Le climat, cette bénédiction à peu près stable pendant douze milliers d’années, est désormais un fou dangereux. Il aura permis l’émergence des civilisations, de toutes ces civilisations que nous vénérons tant. L’Égypte de Pharaon, la Chine de l’empereur Jaune, la civilisation Chavín d’avant les Incas, Nok, Aksoum, Sumer, Babylone, Athènes, Rome n’auraient pas vu le jour sans la garantie de récoltes à peu près régulières. À peu près.

Et c’est donc fini. Comme si cela ne suffisait pas, un autre phénomène incroyable se déroule devant nous, sous tant de regards incrédules. La vie disparaît, comme une goutte d’eau au soleil, qui se transforme en vapeur avant de se perdre dans l’azur. La beauté nous quitte, sans esprit de retour. Des formes nées au fil d’un temps immense de milliers de siècles ne pourront plus être admirées par quiconque. Et certaines, déjà nombreuses, ont versé dans le néant.

Je suis né dans un monde de grands espaces dont je croyais naïvement qu’ils seraient toujours là. J’ai vécu au temps où il y avait encore des tigres par milliers, jusqu’aux portes de l’Europe. Il en reste quelques groupes épars, traqués par la cupidité, la stupidité, la déraison la plus totale. Et c’est vrai des si fabuleux grands singes, des orang-outans aux chimpanzés des films de mon enfance. Et c’est vrai des éléphants, dont les racines menaient jadis au ciel. Et c’est vrai des lions et des guépards, rois déchus des savanes, qu’on ne verra bientôt plus que derrière les barreaux des prisons humaines.

Bien sûr, ces animaux grandioses ne doivent pas cacher tous les autres, magnifiques eux aussi. Les papillons, la grâce autrefois éternelle des papillons, leurs démentes couleurs, tout cela s’en va au grand galop de la mort. Nous en aurions perdu la moitié en une vingtaine d’années. Et le tiers des oiseaux de France, qui ont autant de droits d’être ici que nous. En quinze ans. Et les abeilles, et les pollinisateurs qui fertilisent le tiers de l’alimentation des humains sur la terre. Et des centaines, et des milliers de beautés ordinaires, qui ne peuvent continuer la route commune.

Oui, c’est incroyable. On peut, on pourrait sans doute détourner les yeux une fois de plus. Mais non, cette fois, je pressens que vous n’en ferez rien. Je sens monter, comme d’autres, un considérable mouvement de la jeunesse, qui rebattra enfin les cartes décisives.

Nul humain digne de ce nom ne peut plus reculer. Nous allons gagner, car nous n’avons pas d’autre choix. Nous vaincrons, car la vaillance sera chaque jour un peu plus de notre côté. Nous sommes le seul avenir possible.

texte extrait d'une tribune de REPORTERRE

ENGAGEMENTS D’UNE VIE. LA LIGUE NATIONALE CONTRE LE CANCER.

18 avril 2019 - extrait du blog d'Axel Khan

Deux épisodes ont joué un rôle déterminant dans la conduite de ma vie morale, je les ai relatés dans différents ouvrages. Le premier est, à quinze ans, la perte brutale de ma foi catholique qui a débouché sur la volonté de refonder en raison les bases d’un humanisme, laïc puisqu’il ne faisait plus l’hypothèse de Dieu. La seconde est, lorsque j’avais vingt-six ans, l’injonction de mon père, avant de se donner la mort, « Sois raisonnable et humain !». Plus jeune, il m’avait déjà éclairé sur ce qu’un « type bien » ne devait en aucun cas dire et faire.

Ainsi guidé, je me suis investi dans ma jeunesse, et en diverses occasions ensuite, dans la vie publique et politique. Cependant, le dessein de telles actions – favoriser l’épanouissement des personnes grâce à l’organisation du pays et de la cité – m’est vite apparu similaire à l’objet de la réflexion éthique : penser et créer les conditions de la « vie bonne » pour les autres, tous les autres. Mes engagements ont dès lors été dominés par les démarches éthiques et humanistes : coopération en brousse africaine, travail en dispensaire, enseignement, recherche, aide aux personnes handicapées, création de la Fondation internationale de recherche appliquée sur le handicap, partenariat ancien avec la Ligue contre le cancer. L’action militante politique déçoit souvent, l’énergie investie n’apparait pas toujours avoir été utile…De tels questionnements et regrets sont impossibles pour qui s’est voué au service, parfois au salut des autres. Une seule personne aidée, allant mieux de ce fait qu’elle ne serait allée si on ne lui avait pas tendu la main, est en elle-même une justification absolue de tout ce qui a été entrepris. Dans ma soixante-quinzième année, ayant écrit les livres que je devais écrire, la question s’est posée du meilleur usage possible de ce qu’il me reste de dynamisme, de mes compétences et de ma notoriété.

La réponse est la Ligue Nationale contre le Cancer. Cette vénérable association centenaire est une fédération de cent-trois comités départementaux, elle compte six-cent mille membres donateurs, quatorze milles acteurs bénévole. Recueillant une centaine de millions d’euros de dons et legs tous les ans, la Ligue est la plus importante association caritative du pays, un acteur majeur de l’aide à la recherche en cancérologie, de soutien aux malades et à leurs familles et d’information de la population générale dans le champ du cancer. Je suis actif en ce domaine depuis cinquante ans.

Ancien interne des hôpitaux de Paris, hématologiste, j’ai depuis 1969 eu à traiter des malades atteints de différentes formes de leucémies et de cancers. Chercheur, mes travaux y ont en partie été consacrés, et cela jusqu’à mon départ du laboratoire que je dirigeais. Outre les hémopathies, mes recherches ont porté sur la cancérogenèse hépatique et colique, sur la création par transgenèse et invalidation génique d’une grande diversité de modèles tumoraux chez le rongeur de laboratoire, outils d’analyse de la progression tumorale et de l’efficacité de différents traitement expérimentaux. Bien entendu, plusieurs équipes des laboratoires que j’ai dirigés, de l’université que j’ai présidée, ont été financées, voire labellisées par La Ligue.

Cofondateur du journal Médecine – Sciences, j’en ai été rédacteur-en-chef durant quinze ans, y publiant un « Lexique Gènes et Cancers » aux débuts de l’oncologie moléculaire. J’ai aussi assuré la rédaction-en-chef de la revue « Thérapie ciblée des cancer »

Je participe depuis trente ans à la vie de la Ligue, au côté de ses présidents successifs depuis Pierre Guillaumat, Gabriel Pallez, Henri Pujol et leurs successeurs. De 1989 à 1997, j’ai été le Vice-Président du Conseil Scientifique National présidé par Jean-François Bach. J’ai en 2004, sous la présidence d’Henri Pujol, créé avec Françoise May-Levin le groupe d’étude de réflexion et d’éthique de la Ligue, transformé en 2008 par madame la Ministre Roselyne Bachelot et avec le soutien du président Francis Larra, en Comité Éthique et Cancer. Je le préside depuis.

Mon attachement indéfectible à la Ligue possède des racines scientifiques, affectives et est lié à mon combat humaniste qui est celui d’une vie. Outre son soutien à la recherche, la Ligue et ses comités départementaux mènent, je l’ai dit, une lutte magnifique d’information des populations, de soutien aux malades et aux familles. Il s’agit là d’une véritable délégation de service public essentielle au pays. Présente au plus près des besoins dans chaque département, La Ligue se mobilise aussi pour les grandes causes nationales en rapport avec le cancer, ses déterminants, sa prévention, son traitement, la vie des personnes guéries. Alors que les cancers frapperont à l’avenir près d’une personne sur deux, l’action de la Ligue est appelée à devenir toujours plus indispensable. Elle doit pour faire face à ce qui s’annonce se développer encore, localement et nationalement.

J’ai conscience des menaces et incertitudes qui pèsent sur le flux des dons et legs, le carburant vital des actions de la Ligue. Assurer sa crédibilité et accroitre encore son prestige sont des moyens conquérants d’une amplification qui s’impose des actions de la Ligue. Je suis disposé à m’y consacrer et à prendre toute ma place dans les combats futurs que, dans une atmosphère apaisée, nous aurons de la sorte les moyens de mener plus efficacement. Je suis candidat à la Présidence de la Ligue. L’élection se déroulera à Toulouse le 28 juin.

C’est là une tâche à plein temps, exaltante mais malaisée. Si je suis élu, je m’y consacrerai. Pleinement. Ni le cancer ni la générosité n’ont de préférences politiques ou sexuelles, ils concernent femmes, enfants, hommes de toutes ethnies et de toutes opinions. Ma position, si je suis élu, m’imposera une stricte neutralité. Je la respecterai. Merci de votre compréhension, merci peut-être demain de vos dons et de vos legs.

Axel Kahn, le jeudi dix-huit avril 2019.

FERUS communique:

ETAT DE LA POPULATION D'OURS DANS LES PYRENEES (BILAN 2018) : L'espèce toujours fragile

Le bilan 2018 concernant la population d’ours des Pyrénées vient d’être publié ( rapport annuel du réseau Ours brun . Sans être alarmant, ce décompte 2018 rappelle toutefois que la population d’ours dans les Pyrénées reste fragile et que nous devons continuer à l’accompagner pour obtenir un bon état de conservation.

En 2018, 40 ours ont été détectés dans les Pyrénées, dont les deux ourses lâchées en Béarn à l’automne 2018 soit 38 seulement sur la population existante. Pour rappel, le nombre d’ours détectés en 2017 était de 43.

L’aire de répartition passe à 7400 km² avec donc une augmentation de 2400 km² par rapport à 2017. Désormais, les services de l’État considèrent qu’il y a une seule population d’ours (et non deux noyaux de population).

Côté dégâts en France, 313 attaques sur troupeaux pour 516 animaux tués ou blessés et 7 sur ruchers pour 20 ruches détruites. Pour rappel, sur un cheptel en estive de près de 600 000 brebis, la profession agricole admet chaque année une perte de 18 000 à 30 000 brebis sur le massif des Pyrénées toutes causes confondues ; les dégâts causés par la population d’ours dans les Pyrénées représentent environ 2 % des pertes.

Il convient d’attendre le bilan 2019 de la population d’ours dans les Pyrénées pour mesurer sa bonne santé ou non. En attendant, FERUS reste vigilant et est fort de propositions pour que la France honore son engagement de restaurer sur son territoire une population d’ours en bon état de conservation.

ours-carte-2018-768x601.jpg

Répartition des ours en 2018 (carte Réseau Ours Brun – ONCFS)

L’aire de répartition passe à 7400 km² avec donc une augmentation de 2400 km² par rapport à 2017. La dispersion des deux femelles lâchées ont largement participé à l’augmentation de l’aire de répartition. Désormais, les services de l’État considèrent qu’il y a une seule population d’ours (et non deux noyaux de population) puisque suite aux déplacements de trois mâles, il y a une continuité de l’aire de présence entre les Pyrénées occidentales et les Pyrénées centro-orientales.

Ce bilan confirme aussi le retour de l’ours en Pyrénées orientales.

Pour lire l'article complet :

https://www.ferus.fr/actualite/etat-de-la-population-dours-dans-les-pyrenees-lespece-toujours-fragile

(Communiqué de la préfecture des Hautes-Pyrénées, 29 avril 2019)

SORITA A EU DEUX OURSONS

L’ourse Sorita s’est réveillée et est suitée de 2 oursons

Fin avril 2019, les agents de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) ont enfin pu établir un contact visuel avec l’ourse Sorita et confirmer la présence d’oursons à ses côtés. L’ourse lâchée en Béarn en octobre 2018 est en effet suitée de 2 oursons.

L’ourse Sorita est restée endormie en tanière au-delà de la mi-avril. Il y a quelques jours, elle a effectué une première brève sortie de son gîte hivernal. Un faisceau d’indices (phase d’hyperphagie en novembre, date tardive de sortie de tanière) indiquait alors aux spécialistes de l’ONCFS une probabilité significative de présence d’oursons avec elle. Les premiers mouvements de Sorita ont offert l’opportunité aux agents de l’ONCFS de tenter une observation à longue distance de l’ourse. Les deux oursons ont ainsi pu être détectés à la jumelle.

Depuis sa sortie de tanière, l’ourse Sorita se déplace lentement (du fait de la présence des oursons). Sa dernière localisation à la date du 29/04/2019 se situait sur la commune de Sazos, dans le secteur du Pic d’Ardiden.

Pour rappel, l’Ourse Sorita est équipée d’un collier émetteur qui permet de suivre ces déplacements. Le collier émetteur envoie les données aux services de l’ONCFS de manière groupée. Les données de localisation sont disponibles avec quelques heures, voire quelques jours, de décalage. En aucun cas, il n’est possible de connaître en temps réel la position de l’ourse.

Il est à noter que, dans le secteur de la tanière de Sorita, des traces (empreintes dans la neige) d’un autre ours ont été relevées les 17 et le 20 avril 2019. Ces indices ont été portés sur la fiche événement de la DREAL. Il pourrait s’agir de l’ours Rodri qui, depuis quelques années, fait des incursions dans les hautes Pyrénées

Sorita-Goulven-Rigaud.jpg (photo Goulven-Rigaud)

AVEC LA JEUNESSE POUR LE CLIMAT!

Partout dans le monde des jeunes se lèvent pour le climat. Le point culminant ? Ce sera le 15 mars à la veille des grandes marches climat organisées partout en France le 16 mars ! GEOLOGICA soutient ce mouvement.

GREVE DES JEUNES POUR LE CLIMAT Mouvement initié par Youth for Climate -France Youth for Climate France.jpg

Collégien.ne.s, lycéen.ne.s, étudiant.e.s, nous appelons à faire grève pour le climat le 15 mars

Depuis des années notre planète vit une crise sans précédent. La biodiversité s'effondre, les catastrophes liées au climat sont de plus en plus nombreuses, des millions de personnes sont obligées de migrer vers d'autres territoires et dans le même temps la température atteint -48°C à Chicago et +49°C en Australie.... L'humanité court à sa perte. Depuis plus de 50 ans, les scientifiques alertent sur la catastrophe qui nous guette mais les puissants de ce monde, pouvoirs publics et multinationales, continuent leur course à la croissance, agissant comme si l’urgence climatique ne les concernait pas. Aujourd’hui nous assistons à ce qui s'annonce comme étant la sixième extinction de masse.

« Puisque nos leaders se comportent comme des enfants, nous sommes obligés d'assumer la responsabilité qu'ils auraient dû endosser il y a bien longtemps ». C’est ce qu’a déclaré Greta Thunberg, une jeune suédoise de 16 ans qui, depuis le mois d’août dernier, mène une grève de l’école chaque vendredi. Alors que l’école est censée lui permettre de préparer son avenir, Greta, qui est à l’origine du mouvement Fridays For Future, nous interpelle sur le fait que son avenir est justement mis en péril par l’aggravation du dérèglement climatique qu’on ne se donne pas les moyens d’empêcher.

Les mots de Greta font écho aux derniers rapports scientifiques, notamment celui du GIEC. Une hausse de la température de 1,5°C aurait déjà un impact terrible sur les conditions de vie de l'Humanité, mais il est encore temps d'éviter le pire et l’augmentation de 3 à 4°C vers laquelle nous nous dirigeons. Pour cela, nous devons collectivement impulser un changement massif et sans précédent du fonctionnement de toute notre société.

Depuis les premières grèves de l'école en Suède, les jeunes de nombreux pays se sont aussi mis en grève. De l’Europe à l’Australie en passant par les Etats-Unis, les mobilisations se mettent en place. Récemment en Belgique et en Suisse plus de 30 000 lycéen.ne.s se sont réuni.e.s dans les rues en réponse à cet appel. Relevons le défi lancé par Greta Thunberg et lançons la mobilisation en France !

Dans l'Hexagone, les conséquences du dérèglement climatique ont été particulièrement visibles depuis cet été, et suite à la démission de Nicolas Hulot, la mobilisation pour le climat n'a cessé de grandir. Des mouvements citoyens sont nés ou se sont développés, et les climatologues s'engagent de plus en plus dans leurs discours. Une procédure sans précédent, “L’Affaire du siècle”, a été engagée pour porter plainte contre l'État pour inaction face au dérèglement climatique. Elle est aujourd’hui soutenue par plus de deux millions de personnes.

« Pourquoi devrions-nous étudier pour un futur qui n'existera bientôt plus, alors que personne ne fait rien pour le sauver ? » (Greta Thunberg)

Nous, collégien.ne.s, lycéen.ne.s et étudiant.e.s, avons notre mot à dire face à l'inaction de la majorité de nos aînés. C'est notre avenir qui est en jeu. Un appel a été lancé par la jeunesse à une grève internationale pour le climat le vendredi 15 mars. Nous nous devons de répondre à cet appel, car personne n’a envie d’étudier ou de travailler pour un futur qui n'existera pas. Chacun peut participer à son échelle, mais si les adultes ruinent nos espoirs par leur inaction, nos efforts auront été inutiles. Même le regret sera impossible.

L'inaction nous mène vers la fin de l'humanité, agissons ensemble et mettons le climat au coeur des discussions. Contactons les Conseils de Vie Lycéenne et toutes les Commissions de Développement Durable de nos établissements et universités, organisons des débats, des conférences, des actions... Défendons notre avenir et soyons nombreux.ses à rejoindre cette mobilisation internationale pour envoyer un message fort à nos dirigeant.e.s.

Construisons et exigeons une société plus respectueuse de l’Humanité et de la seule planète dont elle dispose, organisons une mobilisation historique sur notre territoire pour ce vendredi 15 mars 2019 !

LA GAZETTE DE FEVRIER

CLAIRE NOUVIAN: « IL FAUT PRENDRE LE POUVOIR ET LE REINVENTER »

11 février 2019 / Entretien avec Claire Nouvian Claire Nouvian.jpg Reporterre poursuit une grande série d’entretiens de fond avec celles et ceux qui renouvellent la pensée écologique aujourd’hui. Parcours, analyse, action : comment voient-elles et voient-ils le monde d’aujourd’hui ? Aujourd’hui, Claire Nouvian, présidente de l’ONG Bloom pour la conservation des écosystèmes marins, et cofondatrice du mouvement politique Place publique.

Reporterre – D’où vient votre appétence pour l’écologie ?

Claire Nouvian — J’ai grandi en Algérie, où on passait nos week-ends à la plage, à pêcher, à jouer avec les animaux marins. L’hiver, on partait dans le désert chercher des fossiles et guetter les scorpions. Au contact de la nature, j’ai développé une curiosité intellectuelle pour le vivant. Aujourd’hui, les enfants qui vivent en ville sont effrayés par des mouches… c’est dingue !

Dans les années 1990, je suis partie avec mon mari en Argentine, où j’ai découvert la « grande nature » : les toucans, les condors, les baleines. Quelle émotion ! C’est ce qui a forgé mon envie de faire du documentaire scientifique et animalier.

Quelles sont les sources de votre engagement ?

J’ai constitué une conscience écologique et scientifique au contact des chercheurs rencontrés pour mes documentaires. Ma prise de conscience est montée comme le niveau de l’eau actuellement : petit à petit, mais très sûrement. Pas seulement sur le changement climatique et la pollution, mais surtout sur la destruction des habitats. Quand on travaille en Afrique, c’est vraiment tangible.

Ma rencontre avec Pilai Poonswad a été un vrai moment de bascule. Cette femme, ornithologue et biologiste thaïlandaise, a reçu une récompense Rolex pour son travail de préservation des calaos. Ces magnifiques oiseaux sont en train de disparaître très rapidement, parce qu’ils sont très braconnés. Des collectionneurs sordides veulent leur casque comme trophée. C’est grâce, entre autres, au travail inlassable de cette femme que ces oiseaux existent toujours.

En 2004, vous avez laissé tomber la caméra pour créer Bloom. La posture d’observatrice ne vous suffisait-elle plus ?

J’étais dans mon métier de communication, et ça m’allait très bien… jusqu’à ce que je découvre les grandes profondeurs de l’océan, et l’ampleur de leur destruction, lors d’un documentaire pour France 2. Quand j’ai pris connaissance des menaces qui pesaient sur ces fonds marins, personne ne s’en occupait. Des gens s’occupaient de la préservation de la forêt en Thaïlande, des gibbons en Malaisie, de la savane en Afrique, mais sur les océans profonds, il n’y avait rien. C’est ce qui m’a décidé à me lancer.

Comment vivez-vous le délitement de cette biodiversité que vous aimez tant ? Quand on a une vision de l’ensemble des effondrements de la biodiversité, du climat, de notre projet de société… c’est désespérant. Les scientifiques sont en première ligne : ils enregistrent le déclin de la biodiversité, sonnent l’alarme. Tous ceux que je connais sont angoissés. Ils vivent une sorte de syndrome prétraumatique, lié à leur connaissance de la situation. À l’inverse du stress post-traumatique, propre aux personnes ayant déjà vécu un événement grave, un choc, eux vivent dans l’angoisse de ce qui va advenir.

Quand j’ai découvert, dans un article scientifique, ce stress prétraumatique, ça m’a fait le même effet que quand j’ai lu Kant pour la première fois. Cette sensation de rencontrer quelque chose qui décrit exactement ton état. À 17 ans, quand j’ai lu les Fondements de la métaphysique des mœurs, je me suis rendue compte que toute ma colonne vertébrale morale avait été théorisée par Kant.

Qu’est-ce qu’être kantienne ?

Je vis avec un impératif catégorique sur la vérité. Thomas Porcher dit de moi que je suis rugueuse. Par rapport à des gens de culture latine, avec un rapport plus élastique à la vérité, je suis germaniste, au sens caricatural : je ne rigole pas du tout avec le mensonge.

Avec l’avènement de la société industrielle et du marketing, on est entré dans l’ère du mensonge permanent et institutionnalisé. Les élites, économiques comme politiques, mentent. Et ceci n’est plus toléré. Les gens recherchent de la sincérité.

Une société qui est fondée sur le mensonge voit son langage détruit. On ne sait plus ce que les mots veulent dire, puisqu’ils veulent dire l’inverse de ce qu’ils sont supposés signifier. Macron utilise des mots comme « bienveillance » ou « société civile ». Il a poussé l’exercice du mensonge sémantique tellement loin qu’on ne peut plus le supporter, ça en devient épidermique.

Qu’entendez-vous par « effondrement de notre projet de société » ?

À la sortie de la guerre, on avait une visée progressiste, mais la croissance des inégalités montre que nous avons eu tout faux. En très peu de temps, on a réussi à faire complètement fausse route. Dans Notre mal vient de plus loin, un petit livre sorti juste après les attentats du 13 novembre 2015, Alain Badiou écrit que le rêve d’une narration alternative au libéralisme capitaliste s’est effondré avec la chute du mur de Berlin. Dès lors, une seule possibilité se présentait à nous : un repli sur l’individualisme. L’individualisme est apparu comme la seule valeur sûre : un individu ne va jamais trahir sa propre entité physique. On pourrait donc lui faire confiance pour trouver un équilibre bon pour lui et donc pour tous.

La destruction de nos idéaux collectifs s’est ainsi accélérée. L’échec du communisme nous a retiré la possibilité d’avoir un rêve alternatif. Il s’agit donc, désormais, de réinventer un autre discours, une autre narration, fondé sur la mutualisation, sur la conscience, sur la valorisation des liens plutôt que des biens, sur la liberté aussi.

Comment construire cet autre discours ? Notre génération peut s’y atteler, parce que nous sommes détachés de l’héritage du communisme. Nos parents étaient socialisés dans ces appareils, le Parti communiste structurait la vie sociale et familiale des ouvriers. Ils ont donc eu une résistance psychologique à faire le bilan du communisme, avec ses côtés sombres. Nous, nous avons fait le bilan, et donc nous pouvons passer à autre chose. Tout réinventer.

Il n’empêche que, si notre rêve n’est pas communiste, il doit être communautaire au sens large. On doit faire communauté. Parce qu’aujourd’hui, on voit combien l’individualisme est l’un des pires aspects du libéralisme économique hyperfinanciarisé et dérégulé. On voit à quel point le libéralisme est une menace pour la société et pour la planète.

Ce rêve alternatif, quels en sont les germes aujourd’hui ?

Il est éparpillé. On a d’un côté la Macronie et tout ce qu’il y a à sa droite. Ce sont des valeurs claires : le libéralisme économique et une croyance en l’entreprise comme vecteur d’emploi et de solutions. On a également le souverainisme populiste, qui prône un repli sur les frontières.

Entre le libéralisme économique dérégulé et le populisme souverainiste nationaliste, il existe un espace occupé par toute une famille de valeurs… mais qui est éparpillée dans des chapelles qui se font la guerre : les hamonistes avec le PS, le PS qui nous a trahis et qui est en scission profonde…

Les électeurs ne s’y retrouvent pas, alors que nos valeurs [celles de Place publique] sont claires : on est humanistes, européens, profondément démocrates. On trouve que la démocratie ne va pas assez loin, qu’il faut passer à la VIe République. On sait faire la critique de l’Europe actuelle, une Europe marchande, libérale, opaque, cynique, trustée par des lobbys. Mais on tient à l’Europe, parce que la bonne échelle pour combattre les fléaux du XXIe siècle sera européenne. Et, évidemment, on est écologiste.

Que risquons-nous si cette famille de valeurs reste éparpillée ?

Il ne faut pas sous-estimer la possibilité d’un péril fasciste : l’extrême droite représente 40 % des intentions de vote aux élections européennes. D’après certains sondages, l’extrême droite au « sens strict » serait à 20 %. Mais le Parti populaire européen (PPE, droite) est crédité de 25 %. On pensait que seuls nos grands-parents connaîtraient la guerre… Mais le pire devient possible. Les marchands de peur et de haine montent les gens les uns contre les autres, avec toujours plus de succès. Et nos cerveaux répondent très bien à la peur. C’est un réflexe de survie. Peur de l’autre, peur de l’étranger… ça marche !

La trahison violente des élites, avec une réalité de l’évasion fiscale qui est à vomir sur un fond de croissance des inégalités constitue le terreau de cette évolution. Il suffisait ensuite à l’extrême droite de laisser monter le rejet des élites, le « dégagisme » des élus, et de mettre là-dessus un discours qui joue pile sur ce qui marche dans le cerveau archaïque de l’homme… et le résultat est là. Se battre contre cela n’est pas simple.

L’écologie fédère, mais de quelle écologie parlez-vous ? Défendez-vous une écologie anti-capitaliste, anti-productiviste ?

Au sein de Place publique, nous ne sommes pas contre le capitalisme, au sens familial ou entrepreneurial. L’innovation est une des merveilles de l’esprit humain, si elle est faite avec une contrainte impérieuse d’économie de moyens. Renouveler des gammes d’iPhone en allant chercher des terres rares au fonds des océans, ce n’est pas une innovation compatible avec les limites de la planète. L’écologie doit être une condition sine qua non de toute décision, mesure publique, texte de loi ou initiative. C’est l’impératif catégorique du XXIe siècle.

Avec l’essayiste Raphaël Glucksmann et l’économiste Thomas Porcher, vous avez fondé en 2018 Place publique. Pourquoi avoir créé une structure politique en plus ?

On ne se reconnaissait dans aucune des chapelles existantes. On a tous été abordés pour être sur des listes européennes, et on a tous refusé. La politique est un sacerdoce, un sacrifice. Si on se met aujourd’hui en position d’assumer un mandat, c’est vraiment parce que l’heure est grave, qu’il faut qu’on prenne notre part. Il y a péril. La menace fasciste est réelle, la menace écologique est totale. Il faut faire la guerre au libéralisme dérégulé et, en même temps, ne pas laisser cet espace-là à une confrontation entre nationalistes, populistes et libéraux.

Ce n’est donc pas de gaieté de cœur qu’on se lance dans l’aventure. On a tous des vies très remplies, des projets familiaux. Dans un monde qui irait bien, aucun d’entre nous ne ferait de la politique. Si les politiques remplissaient vraiment leurs missions, en respectant une certaine éthique, on ne ferait pas de politique. Mais ce n’est pas le cas : quand on s’approche des appareils politiques, nous, les citoyens normaux à peu près normalement constitués, on part en courant.

Pourquoi ?

C’est la guerre ! Les appareils politiques sont des espaces fratricides. Le philosophe Patrick Viveret considère les partis comme les seuls endroits où l’on est sûr de perdre ses amis. C’est exactement la raison pour laquelle je n’ai jamais voulu rejoindre aucun parti, même s’ils ne sont pas tous logés à la même enseigne. On ne peut pas mettre Europe Écologie - Les Verts (EELV) et ses élus combatifs et ultracohérents, au même niveau que le Parti socialiste (PS), qui a trahi tout le monde. Il n’empêche qu’EELV a aussi ses guerres fratricides. Je suis tellement proche de la politique, depuis tellement longtemps, que je sais pourquoi je n’irai jamais dans ces partis-là.

Avec Place publique, on a comme ambition de se faire des amis et de les conserver dans le temps. Si on arrive à transformer cette initiative en aventure humaine, on aura une chance de réussir l’aventure politique. Mais on n’est pas à l’abri, nous non plus, d’un échec total. On y va modestement… Si tout le monde s’est planté, pourquoi ne pas essayer ?

Comment faire de la politique différemment ?

Les appareils actuels sont condamnés. Il faut inventer des formes politiques complètement nouvelles. Jusqu’à présent, on a été d’une grande immaturité dans notre rapport consumériste à la démocratie. Dès l’instant où l’on a voté, on se dit que c’est à l’élu de représenter nos intérêts, en pensant qu’on peut tourner le dos, s’occuper de notre bien-être plutôt que du collectif. C’est tout notre rapport au politique, à l’autre et à nous-mêmes qu’il faut repenser pour devenir des citoyens sympathiques.

Au sein de Place publique, on a lancé des consultations citoyennes à partir de lundi 14 janvier, « place aux idées », portant sur du contenu mais aussi sur des modalités. On essaie d’inventer un mouvement qui réinvente les codes de la politique. Cela commence par l’organisation interne : il va falloir apprendre à se parler, à s’écouter, à poser nos désaccords et identifier nos accords. Apprendre à vivre ensemble nous transformera profondément. C’est ça être démocrate.

N’était-ce pas l’idée de départ de la France insoumise ou de la République en marche ?

Les partis les moins démocratiques sont la République en marche (LREM) et la France insoumise (FI). LREM a prôné la consultation citoyenne, l’établissement d’un programme à partir des citoyens, mais la méthode Macron a été de créer un écran de fumée épais et efficace entre des discours bien ficelés et une réalité très différente. Depuis, l’écran de fumée s’est dissipé et le réel visage de ce mouvement et de son chef est apparu.

Aujourd’hui, le mouvement écologiste s’incarne davantage dans des associations ou des collectifs que dans des partis. Ne faut-il pas chercher d’autres modes d’action que la politique institutionnelle ?

Il n’existe pas de modalité d’action plus efficace qu’une autre pour réinventer le monde. C’est la complémentarité de ces outils qui contribue au basculement de nos représentations mentales et donc de la réalité de notre société. Le succès des campagnes de Bloom vient de cette association entre action médiatique, plaidoyer, sensibilisation, recherche scientifique. Chaque jour, des centaines d’amendements passent devant des parlements, européen ou nationaux, plus ou moins toxiques pour le collectif, pour la sauvegarde des écosystèmes. Les parlementaires ont un pouvoir énorme. Or, les deux logiques politiques qui ont pris le dessus sont le libéralisme dérégulé et le conservatisme. On ne peut pas laisser faire ça : les deux sont destructeurs des hommes et de la planète. Négliger le pouvoir des politiques publiques et leur laisser ce pouvoir est ultra dangereux.

Faut-il se battre de l’intérieur ?

Il faut prendre le pouvoir. Certes, c’est un peu de la schizophrénie. Je ne suis pas une femme de pouvoir, il ne m’intéresse pas. Mais comme il y a un péril majeur, il nous faut prendre ce pouvoir pour le réinventer. Voilà toute l’ambiguïté de la démocratie : pour aller nous battre pour l’intérêt général, nous devons nous faire élire, donc développer un rapport de séduction et une certaine forme de clientélisme. Les modalités de la démocratie induisent une dérive des égos, accentuée notamment dans les médias. On va devoir réinventer tout ça et ce n’est pas gagné.

Comment conjuguer écologie et justice sociale ?

Sans justice sociale, aucune politique ne marchera. La Macronie tente, en vain, de faire passer des mesures présentées comme sociales après avoir fait sauter l’impôt sur la fortune, fait passer la Flat Tax et baissé la contribution des entreprises de 33 à 25 %. En commençant le quinquennat ainsi, tous les discours qui viennent ensuite sur la lutte contre la pauvreté sont morts d’avance, inaudibles.

Grâce au travail de Thomas Piketty, on sait qu’aujourd’hui les fortunes proviennent aux trois quarts du capital qui est transmis, alors que c’était 40 % il y a 50 ans. Le fait de connaître ces chiffres de l’inégalité change notre compréhension du monde. De même que le travail réalisé par le consortium international de journalistes d’investigation sur l’évasion fiscale nous a permis de connaître l’ampleur de la restriction du partage des richesses.

La justice est la colonne vertébrale de toute communauté. Elle permet de faire société, d’avoir une vision commune. La justice sociale, écologique, climatique, fiscale, économique est un impératif. Pourquoi certains territoires seraient-ils privés de services publics ? Pourquoi investir plusieurs milliards d’euros pour accélérer un TGV sur une ligne déjà ultrarapide et démanteler quotidiennement des lignes secondaires ? Macron s’est présenté comme le rempart contre le Front national. Il a été élu comme tel, mais il a pensé qu’on lui avait donné un mandat ultralibéral pour faire du Margaret Thatcher avec trente ans de retard. Il a tout faux.

Au quotidien, comment mettez-vous en cohérence vos convictions avec vos actes ?

Il faut à la fois combiner l’exigence et le pardon vis-à-vis de soi-même. Mon exigence est de ne pas être dans un consumérisme débile. C’est une lutte quotidienne avec les enfants, qui reviennent de l’école en ayant envie d’acheter des tas de cochonneries Made in China. Et même si on a les moyens de prendre l’avion à chaque vacances, on ne le fait que rarement. Un beau voyage, une fois de temps en temps. L’exigence climatique se retrouve aussi dans notre hygiène quotidienne, avec une consommation ultramodérée de viande rouge.

Vous avez notamment grandi à Hong Kong, dans un milieu aisé. Faut-il encore attendre des riches qu’ils cessent de détruire la planète ? Il y a un vrai problème avec nos riches, mis en lumière par le scandale de l’évasion fiscale. Mais il faut leur donner de l’espace pour se racheter. Mon appel aux riches, c’est d’être plus généreux, d’être fier de contribuer à un projet social par l’impôt, sans faire des combines infernales avec des niches fiscales. Quand on est riche, on a un niveau d’éducation supérieur à la moyenne. Ceci oblige à plus de responsabilité morale, de générosité, de largesse d’esprit. Le corps social bourgeois me déçoit parce qu’il se regarde le nombril et ne voit pas plus loin que les écoles de commerce de ses enfants et leurs stages dans des banques à New York. Avoir le ventre bien rempli ne doit pas empêcher de réfléchir ! C’est impardonnable.

Vous avez évoqué les enfants, et vous avez vous-même une fille. Comment vivez-vous cette parentalité, à l’heure où l’on parle d’effondrement ? Je flippe. Quel monde leur laisse-t-on ? Avoir des enfants oblige à l’action. C’est la plus grande des responsabilités car elle implique de s’assurer qu’on leur laisse un monde vivable. C’est pour être disponible pour ma fille que je ne veux pas de mandat. Si on aime et on structure nos enfants, le monde peut devenir empathique et juste.

Vous vous donnez énormément. Vos nuits et vos week-ends doivent être très courts. Qu’est-ce qui vous fait tenir ?

Notre cerveau a le pouvoir de nous transformer. Autrement dit, nous pouvons changer notre vision du monde, notre rapport aux autres, au fur et à mesure des lectures, des rencontres… Et si on peut tout transformer, on peut tout surmonter. C’est fou ! Mais il faut se battre. La clé, c’est la persévérance.

Propos recueillis par Alexandre-Reza Kokabi et Lorène Lavocat (REPORTERRE)

NOUS AVONS GAGNE! Bloom.png Hier était un grand jour : mercredi 13 février à 22h passées, au Parlement de Strasbourg, les négociateurs représentant les trois institutions européennes (Parlement, Conseil et Commission) sont parvenus à un accord : la pêche électrique sera totalement interdite aux navires de pêche de l’Union européenne dans toutes les eaux qu'ils fréquentent à compter du 30 juin 2021.

C’est une victoire pour BLOOM et notre coalition de pêcheurs artisans et d’ONG, même si la période de transition est trop longue pour les pêcheurs artisans.

 « En 2017, lorsque BLOOM a commencé à faire campagne au Parlement européen, tous les groupes politiques sauf un acceptaient le principe de la pêche électrique, les pêcheurs artisans n’avaient plus aucun espoir de la voir interdite et le débat portait même sur son extension massive en Europe. Le chemin parcouru est gigantesque. Nous avons entièrement retourné l'écosystème politique en notre faveur.»

Claire Nouvian, fondatrice de BLOOM

LA PECHE ELECTRIQUE SERA INTERDITE EN EUROPE EN 2021

14 février 2019 / Camille Martin (Reporterre)

Reporterre.jpg

La pêch