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LA GAZETTE DE NOVEMBRE

6 QUESTIONS, 6 REPONSES SUR LE CHANGEMENT CLIMATIQUE, SES EFFETS ET LES RESPONSABILITES

arton16097-666f3.jpg 26 novembre 2018 / Alexandre-Reza Kokabi (Reporterre)

Confrontés à un changement climatique largement imputable aux humains riches, tous les êtres vivants sont au bord de la même falaise. Mais certaines populations sont plus proches du précipice. Et riches et pauvres ne sont pas également responsables. Voici six questions et six réponses pour mieux comprendre les dérèglements climatiques et leurs conséquences différenciées.

Qu’est-ce que le changement climatique ? oce_ans-mel_stoutsenberger-flickr_v_1.jpg Le changement climatique correspond à une altération durable du climat de la Terre. D’après le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la température moyenne du globe s’est élevée de 0,85°C de 1885 à 2012. Depuis 1980, chaque décennie a été plus chaude que n’importe quelle décennie passée depuis 1850. Le nombre moyen de journées et de nuits froides a diminué. Et derrière ces constats globaux se cachent de fortes variabilités selon les régions du monde. En France, le réchauffement observé avoisine les 1°C au cours du siècle dernier. Dans les régions polaires, il atteint parfois 4°C.

Depuis plus d’un demi-siècle, ce phénomène s’accélère et entraîne un basculement de notre environnement et de nos sociétés vers des bouleversements majeurs et incertains. A l’image de la Californie, ravagée depuis début novembre par les incendies les plus violents de son histoire, les événements climatiques sont de plus en plus violents et fréquents : températures extrêmes, catastrophes, inondations, tempêtes, glissements de terrain, sécheresses, dégradation des écosystèmes, montée des océans, accidents industriels...

Qu’est-ce qui provoque le changement climatique ? image_4_-_blu-ville_mange_fore_t_v_1.jpg

L’intensification de l’effet de serre, due aux émissions humaines de gaz à effet de serre (GES), est la force motrice principale du réchauffement observé depuis un demi-siècle.

L’effet de serre est un phénomène naturel qui permet à la Terre de maintenir la chaleur solaire dans l’atmosphère et de conserver une température convenable pour entretenir la vie. Certains gaz présents dans l’atmosphère, comme la vapeur d’eau, le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), le protoxyde d’azote (N2O) ou l’ozone (O3) piègent une partie du rayonnement du Soleil. Ils le renvoient sous forme de chaleur dans toutes les directions dans l’atmosphère.

Or, les activités des sociétés humaines depuis la Révolution industrielle commencée vers 1800 - industrie, agriculture, transports, production d’électricité et de chaleur - transforment la composition chimique de l’atmosphère. En effet, elles impliquent la combustion d’énergie fossile et des modes de culture qui injectent toujours plus de gaz à effet de serre. De plus en plus concentrés dans l’atmosphère, les GES retiennent trop de chaleur et la température terrestre monte. Selon les scientifiques du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), les émissions nettes de CO2 doivent atteindre zéro à l’horizon 2050 si l’on veut maintenir l’augmentation de la température terrestre en-dessous de 1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle. En d’autres termes, la quantité de CO2 entrant dans l’atmosphère doit être égale à la quantité de CO2 éliminée par les puits naturels (océans et forêts) ou technologiques (captation du carbone atmosphérique), et ce afin de limiter les dégâts du changement climatique sur les écosystèmes et les sociétés humaines.

Tous les humains sont-ils également responsables ? os_ge_meos_v_1.jpg

Si la responsabilité historique du changement climatique est imputable à la Révolution industrielle et aux états industrialisés, la Chine (9,06 milliards de tonnes de CO2 par an), les États-Unis (4,83 Gt/an), l’Inde (2,08 Gt/an) et la Russie (1,44 Gt/an) sont aujourd’hui les quatre pays qui émettent le plus de CO2 d’après l’Agence internationale de l’énergie. Les émissions moyennes par habitant nous apprennent en revanche que les citoyens saoudiens (16,34 tonnes par an) sont les plus émetteurs, suivis par les Australiens (16 t), les Etats-Uniens (14,95 t) et les Canadiens (14,91 t).

Dans une étude publiée en 2015, intitulée Carbon and inequality : from Tokyo to Paris, Lucas Chancel et Thomas Piketty ont préféré une autre approche. Les deux économistes français ont étudié la répartition des émissions de CO2 entre individus, sans considération de leur pays d’appartenance. Résultat : les 10 % des individus les plus émetteurs sont responsables de près de la moitié des émissions mondiales. Aussi, les 10 % les plus pauvres des pays les plus pauvres émettent 2.000 fois moins de gaz à effet de serre que les 10 % les plus riches des pays riches.

Sommes-nous tous égaux devant les conséquences du changement climatique ? photo_329-jeunes_pe_cheurs_se_ne_galais_devant_maison_v_1.jpg

Si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas considérablement réduites, la moitié de la population mondiale pourrait être concernée, à l’horizon 2100, par trois à six aléas climatiques simultanés. C’est ce qu’avance une étude, publiée le lundi 19 novembre dans la revue Nature Climate Change. D’après cette publication, si toutes les régions du globe sont concernées, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne : les habitants des régions côtières tropicales, d’ores et déjà les plus exposés, subiraient toujours plus durement ces bouleversements. La hausse du niveau des mers pourrait entraîner la submersion de régions côtières densément peuplées. Les Pays-Bas, le Bangladesh et certains États insulaires, en particulier dans le Pacifique, risquent de devenir inhabitables.

De plus, les populations exposées au changement climatique, y compris à l’intérieur d’un même pays, n’ont pas toutes le même degré de vulnérabilité. Elles ne disposent pas des mêmes infrastructures ni du même niveau de ressources pour faire face à un événement ou une tendance dangereuse. Elles n’ont pas, non plus, la même capacité d’apprentissage, de rebond et d’adaptation.

Sous l’effet de la diminution de la mousson, par exemple, l’aire cultivable du Sahel pourrait diminuer de plus d’un million de km2 alors que mil et sorgho, dont dépend la sécurité alimentaire des Tchadiens, feraient face à un besoin en eau accru par les températures en hausse. Une telle baisse des moussons, conditionnée à la fonte de la calotte glaciaire arctique, aurait des conséquences majeures dans un pays comme le Tchad, où plus de 60 % de la population figure déjà sous le seuil d’extrême pauvreté. La structure de consommation du Tchad est très vulnérable à la hausse des prix des denrées alimentaires et il y a fort à craindre que les prix du mil et du sorgho explosent à mesure que ces céréales précieuses se raréfieront.

Les migrations environnementales se conjuguent-elles au présent ? camp_du_mille_naire-10.jpg Les changements climatiques perturbent les écosystèmes et les équilibres dont dépendent la vie de plus de sept milliards d’individus à travers le monde. Ces bouleversements, combinés à des difficultés et à des conflits politiques, économiques et démographiques, poussent des individus à se déplacer plus ou moins loin de leur lieu de vie d’origine. Entre 2006 et 2011, la Syrie a ainsi été durement frappée par une sécheresse et a vu des centaines de milliers de ruraux contraints d’émigrer vers la ville et des régions déjà sous tension.

Les personnes exposées aux manifestations du changement climatique ne peuvent pas toujours migrer : elles sont alors piégées. Une migration requiert des ressources et une capacité à envisager un déplacement. Avant l’arrivée de l’ouragan Katrina, en 2005, à la Nouvelle Orléans, les 60.000 personnes restées coincées dans la ville américaine étaient majoritairement les plus défavorisées. Ces personnes piégées sont aussi parfois trop attachées à un territoire pour vouloir le quitter. Chez les populations insulaires, l’île est souvent considérée comme un prolongement de soi et le déménagement sonne comme la perte d’une partie de sa propre identité.

Le GR® R1 élu GR® préféré des Français 2019 GRR1-reunion-gr-prefere-des-francais2019.jpg

A l’issue de trois semaines de vote sur le site MonGR.fr, le GR® R1 qui ceinture le piton des Neiges à L’Île de la Réunion a été sacré « GR® préféré des Français 2019 ». Un plébiscite et rayonnement national pour cet itinéraire de Grande Randonnée qui fêtera ses 40 ans en 2019. Les GR® 400 volcan du Cantal et GR® 800 vallée de la Somme complètent le podium.

Du 1er au 22 novembre, les internautes se sont mobilisés massivement pour élire leur GR® de cœur pour l'année 2019. Huit itinéraires étaient en lice pour ce titre honorifique et présentés à travers huit vidéos sur le site MonGR.fr :

Le GR® 2, au fil de la Seine de Paris à Giverny (75 - 27)

Le GR® 10, la grande traversée des Pyrénées dans les Hautes-Pyrénées (65)

Le GR® 400, tour des volcans du Cantal dans le Cantal (15)

Le GR® 654, Saint-Jacques-de-Compostelle via Vézelay en Dordogne (24)

Le GR® 800, vallée de la Somme dans la Somme (80)

Le GR® de Pays Tour du bassin d’Arcachon en Gironde (33)

Le GR® R1, tour du piton des Neiges à La Réunion (974)

Le GR® Tour du Mont-Blanc en Haute-Savoie (74).

Le GR® R1, paradis des randonneurs, au sommet !

Après un démarrage au coude-à-coude entre chaque GR®, c'est le GR® R1 qui sort finalement gagnant avec un total de plus de 32% des 47 000 votes issus de tous les départements français.Interrogé après l'annonce des résultats : un rayonnement national pour cet itinéraire qui fêtera ses 40 ans en 2019.

Max Hébert, président de la FFRandonnée Réunion, s'est dit « ravi » de la désignation du GR® R1 comme le GR® préféré des Français 2019. « La compétition n’a pas été facile car les autres GR® sont tous magnifiques ! Je n‘ai pas encore fait le Tour du Mont-Blanc mais j’ai eu l’occasion de parcourir certains d’entre eux dont le fameux GR® 10 qui m’a laissé un formidable souvenir. J’espère que l’élection du GR® R1 apportera encore plus de notoriété à l’Ile de la Réunion, paradis de la randonnée. Enfin je souhaite remercier la Fédération et ses partenaires pour l’organisation de ce jeu, mais aussi et surtout tous les Réunionnais et Métropolitains qui ont soutenu le Tour du Piton des Neiges ».

Le GR® R1 : carte d’identité

Créé en 1979, l’aîné des grands itinéraires réunionnais demeure un incontournable pour qui veut découvrir le cœur de l’Ile de la Réunion et arpenter ses montagnes baignées dans l’océan Indien. A fil du chemin, trois cirques nés de l’effondrement du massif piton des Neiges - Cilaos, Salazie, Mafate - dévoilent leurs beautés cachées derrière des remparts uniques au monde et classés patrimoine mondial de l'Unesco… Cet itinéraire en boucle se réalise en une soixantaine de kilomètres et six étapes de 5 à 8 heures.

Le classement complet

    1. Le GR® R1, tour du piton des Neiges à La Réunion (974) : plus de 15 200 votes - 32%
    1. Le GR® 400, volcan du Cantal : près de 8 500 votes - 18%
    1. Le GR® 800, vallée de la Somme : près de 6 900 votes - 14%
    1. Le GR® 10, la grande traversée des Pyrénées dans les Hautes-Pyrénées : plus de 5 500 votes - 12%,
    1. Le GR® Tour du Mont-Blanc en Haute-Savoie : 3 600 votes - 8%,
    1. Le GR® 2, au fil de la Seine de Paris à Giverny : 3 300 votes - 7%,
    1. Le GR® de Pays Tour du bassin d’Arcachon en Gironde : 2 100 votes - 5%
    1. Le GR® 654, Saint-Jacques-de-Compostelle via Vézelay en Dordogne : près de 2000 votes - 4%.

Découvrir le GR préféré des Français 2019 en vidéo

Infos et contacts utiles

Si vous souhaitez vous lancer dans l'aventure du GR® R1, découvrez le topoguide FFRandonnée "L'Ile de la Réunion", compagnon indispensable pour préparer de votre randonnée :

couverture topoguide ffrandonnee ile de la reunion GR

Disponible dans notre boutique et dans de nombreuses librairies et offices de tourisme.

Île de la Réunion Tourisme : tél. + 262 (0)2 62 90 78 78, www.reunion.fr

FFRandonnée Réunion : tél. +262 (0)2 62 94 37 06 ou +262 (0)6 92 64 05 82, contact@comite-randonnee-lareunion.re, www.comite-

COMMENT INTERESSER LE PUBLIC AU SORT DE LA FAUNE SAUVAGE (par les JNE - Journalistes Ecrivains pour la Nature et l'Ecologie)

DSC0875-ok.jpg Publié le 3 octobre 2018

Voici le compte-rendu de la première table ronde du colloque JNE sur la condition animale, qui avait lieu le 7 septembre 2018 et était animée par Jean-Luc Fessard (JNE).

Accueil de Jacques Boutault, maire du 2e arrondissement de Paris

Mettre en œuvre l’écologie implique une vraie volonté politique d’agir. Or nous sommes face à une situation où les pouvoirs publics continuent à donner des passe-droits aux chasseurs, à autoriser le massacre des oiseaux par exemple, incapables de faire le lien entre leurs discours, les constats scientifiques et l’action qu’il faudrait mener de toute urgence. A notre niveau dans le 2e arrondissement, les élèves peuvent s’alimenter de façon non carnée dans les cantines. Au-delà de l’acte concret, cela permet de contribuer à l’éducation de la jeunesse pour que ceux-ci, une fois adultes, comprennent qu’on peut changer leurs habitudes et que la priorité est de sauver cette nature qui est en train de mourir sous nos yeux, cette nature dont nous sommes issus.

Georges Chapouthier, neurobiologiste, philosophe, membre des JNE

La sensibilité animale prend un tour décisif au XVIIe siècle avec Descartes. Qui dit en substance : le corps humain et le corps animal sont des objets, mais l’homme échappe à ce statut d’objet parce qu’il a une âme qui provient de Dieu. La conséquence positive de ce dualisme cartésien, c’est le développement de la science : puisque le corps est un objet matériel, on peut le disséquer, l’analyser…. La négative, c’est d’avoir traité les animaux comme des machines, et souvent de façon abominable.

Curieusement, à force d’étudier le corps des animaux, on a pu constater qu’ils fonctionnaient comme nous. Qu’ils mangeaient, respiraient comme nous, avaient de l’affection, de la sensibilité comme nous. Avec le développement de la théorie de l’évolution, on s’est aperçu que non seulement l’homme est proche de l’animal par ses mécanismes biologiques et génétiques, mais qu’il est issu de l’animalité.

Hors quelques-uns – les éponges, les vers solitaires – l’écrasante majorité des animaux, des huîtres à l’orang-outan en passant par l’abeille, a une sensibilité qu’on appelle nociception, soit la capacité d’avoir des récepteurs dans le corps qui alertent l’organisme si quelque chose de dangereux se manifeste – trop grande chaleur, froid, etc. Chez les animaux plus céphalisés, au système nerveux plus complexe, la nociception existe toujours, mais, lorsqu’elle comprend une part d’émotion, on parlera de douleur, lorsqu’elle s’accompagne d’une part de cognition ou conscience, on parlera de souffrance.

Un mot assez commode permet de séparer les animaux qui n’ont qu’une nociception brute, réflexe, comme les moules par exemple, de ceux qui ont une nociception plus compliquée, plus cognitive, comme le chimpanzé : la sentience (nociception + conscience).

Quid des invertébrés ? Prenons les céphalopodes, comme la pieuvre et la seiche. Sur le plan anatomique, ce sont des escargots transformés, mais, sur le plan intellectuel, ils font des choses extraordinaires, très proches de ce que font certains mammifères ou oiseaux. On a des raisons de penser qu’ils ont une forme de conscience, de leur environnement au moins, et que des régions de leur cerveau correspondent au cortex cérébral. On suppose que quand ils changent de couleur par exemple, ils manifestent des émotions. Tout cela est à l’étude.

Si, effectivement, les animaux ne sont plus des machines, s’ils ressentent douleur, souffrance, ne faut-il pas les traiter mieux que nous les traitons ? Longtemps la morale traditionnelle ne s’est intéressée qu’aux hommes. Peu à peu des penseurs ont défendu l’idée qu’il y avait une morale à avoir aussi vis-à-vis des animaux. Aujourd’hui, on se demande : peut-on faire n’importe quoi avec l’environnement ? Du coup, beaucoup demandent qu’il y ait une morale plus unitaire, qui respecterait à la fois les hommes, les animaux, l’environnement. Cela ne veut pas dire qu’il faut traiter les trois sur le même pied. L’une des meilleures façons de le faire, c’est la Déclaration universelle des droits de l’animal de 1989 qui considère qu’il faut respecter les animaux, leur donner des droits, mais dit aussi qu’ils ne sont pas tous équivalents, qu’ils ont des besoins qui diffèrent, que le besoin de la moule n’est pas celui du chimpanzé, qu’il faut aussi tenir compte des équilibres naturels, que l’homme n’a pas a priori à intervenir quand il y a un conflit entre un tigre et un daim… Cette Déclaration, enfin, se distingue clairement de la Déclaration des droits de l’homme. C’est important : s’il faut donner des droits aux animaux parce qu’ils sont sensibles, il ne faut pas confondre droits de l’animal et droit sde l’homme.

Allain Bougrain Dubourg, journaliste, producteur, président de la LPO, membre des JNE

Pour répondre à cette question complexe « Comment sensibiliser le grand public à la préservation, au respect de l’animal sauvage ? », m’est venue en mémoire une situation vécue : j’étais à Taïwan en reportage et trois trafiquants m’ont fait cette proposition : « On va tuer un tigre, il nous manque un partenaire, si vous voulez être le quatrième, on vous autorise à filmer la mise à mort, le dépeçage, etc. » J’ai refusé bien sûr. Plus de vingt ans après, je me demande si j’ai bien fait. Si j’avais rapporté des images bouleversantes, est-ce que je n’aurais pas accéléré la prise de conscience nécessaire à l’égard du vivant ? On voit bien que pour les animaux domestiques, notamment d’élevage, ce sont les images de L214, à qui je rends hommage, qui ont permis de secouer les consciences.

Pour la faune sauvage, c’est compliqué. Déjà, il convient de rappeler sa dimension par rapport aux animaux domestiques. D’après le professeur Blondel du CNRS, les mammifères seraient 1261 millions de tonnes sur la planète. 67 % pour le bétail, 30 % pour l’homme, soit 97 %. Ne reste que 3 %… pour la baleine, l’écureuil, la musaraigne, le rhinocéros, etc.

Ensuite, il y a cette habitude que nous avons de considérer l’animal sauvage à travers la notion d’espèce, de quota, de population, de globalité. Or ce sont des individus. Lors de l’Erika en 1999, je peux vous assurer que les centaines de milliers d’oiseaux touchés, c’était à chaque fois un individu agonisant…

Revenons au tigre. Un tigre a besoin de 50 km2 pour vivre, pour marquer son terroir. Un tigre a besoin d’être seul. Quand on le renferme dans une voiture-cage de 9m2 de sciure, c’est tout simplement indécent, inacceptable, surtout quand il est en promiscuité avec des lions et autres tigres.

Julie Lasne, éthologue de terrain, spécialisée dans les animaux sauvages et consultante en communication

Forte de mon expérience sur le terrain, dans les jungles, les savanes, je l’affirme : les numéros animaux dans les cirques sont des actes de cruauté, tant au sens scientifique que politique, c’est-à-dire qu’ils sont contre-nature, ils vont à l’encontre de la biologie de l’animal, de ses besoins fondamentaux, comportementaux. Il faudrait arrêter de faire croire à la relation d’amour avec ces animaux, qu’on peut obtenir ces numéros via des friandises,

J’ai apporté les photos de travail d’un des plus grands dresseurs de cirque, testament posthume qu’il a confié à Pita : on voit que les éléphanteaux sont ligotés au sol pendant trois semaines d’affilée vingt-trois heures par jour. Pour obtenir qu’un éléphant se lève sur ses pattes arrière, on leur plante une lame dans les pattes avant, de façon à ce que, s’il perd l’équilibre, la lame les blesse… Les muscles de l’éléphant ne sont pas proportionnels à sa taille, ses pattes arrière ne peuvent supporter que 40 % de son poids. Si on l’oblige à se dresser debout, il doit supporter les poids de son corps plus celui de sa tête, ce qui aboutit à des déformations des pattes et des problèmes articulaires. D’où le taux de 50 % d’euthanasie chez ces animaux-là. Un éléphant dans la nature vit 60 ans, dans les cirques et en captivité, en moyenne 30 ans. Un tigre, un fauve vit dans la nature 16 ans, en captivité il est censé pouvoir vivre 25-30 ans ; dans les cirques, vous n’en verrez jamais au-delà de 10 ans. A partir de 8 ans, il va commencer à devenir trop dangereux pour son dompteur. La question : où passe-t-il ensuite ? Il passe dans les réseaux…. D’où notre action, et notre rapport élaboré avec Code Animal, pour obliger les gouvernements à être plus vertueux.

Manuel Mersch, vétérinaire, président de Véthique, Association Vétérinaire Pour le Respect et la Dignité de l’Animal

Véthique est une association vétérinaire créée il y a un an et demi qui a pour but de promulguer l’idée que les vétérinaires, s’ils sont bien sûr là pour soigner, ont aussi le devoir de protéger.

Conformément à son code de déontologie, le vétérinaire a obligation de soins d’urgence à un animal. Nous sommes donc amenés à exercer médecine et chirurgie sur un animal sauvage selon notre degré de compétence. Le vétérinaire est aussi sentinelle de l’état de santé de la faune sauvage en exerçant, non pas une surveillance sanitaire qui reposerait uniquement sur les maladies, mais une bio-surveillance de la faune. Un animal ne vit pas sans rien, il vit dans un milieu naturel. Les populations d’animaux sauvages peuvent être soit vecteurs, soit réservoirs d’agents pathogènes partagés avec l’homme ou les animaux domestiques. Elles peuvent être révélateurs également de problèmes de santé qui résultent des pollutions ou des changements environnementaux, naturels ou humains. Enfin, le vétérinaire a un rôle d’information et de communication auprès des publics, ce rôle-là est tout aussi important pour expliquer la biologie des espèces animales, leurs impératifs et leur habitat naturel.

Si nos connaissances scientifiques ont progressé, force est de reconnaître un changement sociétal inexorable aux dépens de la faune et de la flore. Que faire alors ? Revenir vers le jeune public avec une pédagogie tournée vers le vivant. Au nom d’un prétendu principe de précaution -risques d’allergie, de zoonose-, il n’y a quasiment plus d’animal de compagnie en classe. Revenons aux classes vertes, aux sorties scolaires en forêt. En se plongeant dans le livre de la nature, des vocations précoces pourront alors naître en faveur de nos amis les animaux.

Sur le dilemme d’Allain avec le tigre, je me demande si – et à l’époque j’aurais fait comme lui – le mieux n’aurait pas été de montrer l’image en effet. Car l’important ce n’est pas notre sensibilité, c’est l’efficacité. L214 l’a montré, et il faut avoir du courage pour affronter quelque chose qu’on déteste. Ce sont des citoyens qui ont pris les choses en main, qui ont fait les images eux-mêmes pour dénoncer des choses. Jusqu’alors dans les médias, on disait « c’est trop négatif, ça va faire fuir tout le monde », en fait ça a touché tout le monde.

Pour ce qui est des animaux sauvages, nous sommes peu à en parler dans les médias. La plupart sont des vétos, d’ailleurs, on me demande toujours si je suis véto, ça m’agace : les animaux ne sont pas toujours malades ! On peut aussi en parler autrement que pour le vaccin du chat, on peut montrer l’écureuil et la mésange qui sont passionnants.

Comment faire ? Il faut se mettre à la place des autres, et là on a du mal. On a souvent une culture scientifique, et le scientifique c’est à peu près le contraire de la communication. C’est exhaustif, ça veut tout dire. Une des clés, c’est parler le langage de tout le monde, raconter aux gens ce qu’ils peuvent voir eux-mêmes. Qu’ils se réapproprient leur patrimoine naturel, qu’ils s’intéressent à nouveau aux mésanges, aux papillons, parce qu’aujourd’hui, un enfant sait reconnaître les logos de marques industriels mais pas un paon-du-jour d’une tortue, et c’est dommage.

Yves Paccalet, journaliste, écrivain, réalisateur, membre des JNE

Dans le hameau de montagne où je suis né en 1945, il y avait les animaux dits utiles, dont on pouvait utiliser le lait, la viande ou la force de travail. Il y avait les animaux nuisibles – le renard qui mangeait les poules, par exemple. Et puis il y avait les animaux qui ne servaient à rien, qui étaient loin, qu’on voyait de temps à autre, dont on ne savait ni le nom ni les mœurs. Cette simplicité-là allait avec une civilisation agricole et pauvre, ce qui est encore le cas pour l’essentiel des humains aujourd’hui.

Adulte, je suis parti pendant une vingtaine d’années avec Cousteau. On a vu beaucoup de spectacles extraordinaires, et on a vu déjà beaucoup de destructions. On est devenus de moins en moins explorateurs, mais de plus en plus défenseurs de l’environnement et des animaux. On parlait du tigre maintenu en cage, on a eu très vite le même raisonnement avec le dauphin, ces animaux qui parcourent plus de deux cent kilomètres par jour, et qu’on maintient dans des bassins. Toutes les découvertes récentes montrent notre parenté étroite avec non seulement les grands singes mais aussi les dauphins qui sont intelligents, ont une conscience.

Un point, qu’on oublie quand on fait de l’écologie, me paraît essentiel : les animaux et les plantes sont dans notre culture. Nous sommes, depuis le début de notre civilisation, en relation avec des animaux. Nous ne pouvons pas envisager la culture occidentale s’il n’y a pas tous les animaux des Fables de La Fontaine, on ne peut pas comprendre la culture des Inuits s’il n’y a pas le mythe de Sedna et les animaux qui vont avec, Je crois que la destruction que nous sommes en train de faire, nous les hommes, de la faune et de la flore sauvage, c’est non seulement une destruction de l’écosystème, une destruction du vivant, mais c’est aussi une destruction de nos cultures humaines. C’est une façon de priver, nous, égoïstes adultes, nos enfants d’une grande partie de leurs rêves. Les animaux ne sont pas seulement des espèces utiles, dont on a besoin pour toutes sortes de raisons. Ce sont des espèces dont les enfants ont besoin pour rêver.

Pour en savoir plus: voir toutes les videos sur

http://jne-asso.org/blogjne/category/rendez-vous-jne/colloque-jne-condition-animale/

31 octobre 2018

LES OURSES CLAVERINA ET SORITA VONT BIEN !

Sorita-Goulven-Rigaud-245x300.jpg Sorita pendant le transport avant son lâcher, 5 octobre 2018. Photo Goulven Rigaud

Communiqué de l’ONCFS : Lâchers de Claverina et de Sorita en Béarn : premier état des lieux

A la demande du ministère chargé de l’Ecologie, et après plusieurs mois de préparation, les agents de l’ONCFS ont mené à son terme l’opération de lâcher de deux ourses en Béarn. Les blocages de routes ont contraint les services de l’établissement public à recourir aux moyens aériens de la Gendarmerie. Pour des motifs de sécurité publique, les sites initialement pressentis pour ces lâchers n’ont par ailleurs pas pu être atteints. Ils ont été remplacés par des sites alternatifs dans les vallées d’Ossau et d’Aspe, tous deux situés dans les Pyrénées-Atlantiques (64). Aujourd’hui, Claverina et Sorita sont en parfait état de santé. Elles se sont éloignées de leur site de lâcher respectif mais sont néanmoins toujours présentes dans la zone montagneuse des vallées d’Aspe et d’Ossau, sur le territoire français. Grâce aux colliers GPS qui équipent les deux animaux, il est possible de les localiser et de suivre leur déplacement, avec un différé de vingt-quatre heures au plus. Comme attendu, les deux femelles se sont beaucoup déplacées dans les jours qui ont suivi leur lâcher en Béarn.

Cette première phase de déplacement correspond à une exploration logique de leur nouveau territoire. L’expérience acquise à la faveur des précédents lâchers enseigne que les ours peuvent alors parcourir jusqu’à une dizaine de kilomètres en une seule nuit (s’activant plutôt la nuit et se reposant le jour, comme tous les ours). Sorita, relâchée un jour après Claverina, semble sur ce point plus mobile que sa consoeur : l’animal a parcouru une distance plus importante, plus de 150 kilomètres en 3 semaines.

Les premières semaines de vie dans les Pyrénées sont décisives pour les deux ourses. Il leur faut en effet trouver rapidement des sites favorables pour se nourrir, mais aussi pour préparer leur repos hivernal. Les fruits forestiers (faines, glands, myrtilles) sont leur nourriture de prédilection en cette saison. Un trou abrité ou une cavité rocheuse leur servira ensuite de tanière pour la période allant de novembre à mars prochain.

D’ici là, toute perturbation peut être préjudiciable à la vie des ourses, mais aussi à leur comportement. Les services de L’État en Pyrénées-Atlantiques restent ainsi particulièrement vigilants et mobilisés pour prévenir toute perturbation intentionnelle ou accidentelle.

LA GAZETTE D' OCTOBRE

BIODIVERSITE: PLUS DE 60% DES ANIMAUX SAUVAGES ONT DISPARU DEPUIS 1970. publé le 30/10/2018 par Futura planète

Tous les deux ans, le Fonds mondial pour la nature (WWF) publie un rapport intitulé « Planète vivante », basé sur des analyses d'experts. Objectif : faire le point sur la dégradation des écosystèmes. Le dernier en date est encore plus alarmant que le précédent. Et le directeur du WWF appelle à un accord mondial pour sauver la nature.

Ce ne sont pas moins d'une cinquantaine d'experts qui ont contribué à la rédaction du dernier rapport « Planète vivante » publié par le Fonds mondial pour la nature (WWF). Il reprend notamment de grandes études scientifiques publiées sur le thème du déclin accéléré des populations animales sur Terre. Voici quelques-unes de ses conclusions.

Les effectifs s’effondrent et des espèces disparaissent

De 1970 à 2014, le rapport basé sur le suivi de plus de 16.700 populations (4.000 espèces) conclut que le nombre de vertébrés sauvages - des mammifères, poissons, oiseaux, reptiles et amphibiens - s'est effondré de 60 % alors que le précédent rapport évoquait un recul de 52 %. Le déclin des animaux d’eau douce atteint même 83 %, sous le coup de la surexploitation, parfois involontaire comme pour les dauphins de rivière, du fait de prises accidentelles en filets, et de la perte des habitats. Globalement la dégradation des habitats représente la menace la plus signalée. Et le déclin de la faune concerne tout le globe, avec toutefois des régions particulièrement affectées, comme les Tropiques.

L'index d’extinction montre une très forte accélération pour cinq grands groupes : les oiseaux, les mammifères, les amphibiens, les coraux et les cycadales, une famille de plantes anciennes. De manière générale, le taux d'extinction des espèces est de 100 à 1.000 fois supérieur à ce qu'il était il y a seulement quelques siècles, avant que les activités humaines commencent à altérer la biologie et la chimie terrestres. Ce qui, pour les scientifiques, signifie qu'une extinction de masse est en cours, la 6e seulement en 500 millions d'années.

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La zone Caraïbe/Amérique du Sud affiche un bilan « effrayant » et le tapir des Andes en est un symbole : le nombre de vertébrés sauvages s’est effondré de - 89 % en 44 ans. Amérique du Nord et Groenland s’en sortent un peu mieux, avec une faune à - 23 %. La vaste zone Europe, Afrique du Nord et Moyen-Orient est à - 31 %. © Vladimir Wrangel, Fotolia
Des limites ont été atteintes

En 2009, les scientifiques ont mesuré l'impact des besoins croissants de l'humanité sur les « systèmes terrestres ». Ces derniers ont un seuil critique au-delà duquel le monde entre en territoire périlleux. Pour le climat, ce seuil est + 1,5 °C de réchauffement (par rapport au niveau préindustriel), ont souligné les experts climat de l'ONU en octobre.

À ce stade, nous avons déjà franchi deux autres « limites planétaires », avec les pertes d'espèces et le déséquilibre des cycles de l'azote et du phosphore (résultant de l'usage d'engrais et de l'élevage intensif). Pour la dégradation des sols, l'alerte est au rouge. L'acidification de l'océan et la ressource en eau douce n'en sont pas loin. Quant aux polluants chimiques, de type perturbateur endocrinien, métaux lourds et plastiques, nous ne savons pas encore quel est le seuil critique.

Les technologies et une meilleure gestion des sols ont légèrement amélioré la capacité de renouvellement des écosystèmes, note le WWF, mais cela n'a pas compensé l'empreinte écologique de l'homme, trois fois plus marquée depuis 50 ans.

Les forêts en plein déclin et les océans au bord de l'épuisement

Près de 20 % de la forêt amazonienne, la plus grande du monde, a disparu en 50 ans. Dans le monde, les forêts tropicales continuent de reculer, principalement sous la pression des industries du soja, de l'huile de palme et de l'élevage. Entre 2000 et 2014, le monde a perdu au total 920.000 km2 de forêts intactes, une surface quasi égale à la France et l'Allemagne réunies. Selon des données satellitaires, ce rythme a crû de 20 % de 2014 à 2016 par rapport aux 15 ans précédents. Depuis 1950, plus de six milliards de tonnes de produits de la mer ont été pêchés. Devant l'effondrement du stock, les prises ont atteint leur maximum en 1996 et depuis déclinent doucement.

Plus globalement, chaque année, le « jour du dépassement » avance, ce jour à partir duquel le monde a consommé toutes les ressources que la planète peut renouveler en un an. En 2018, c'était le 1er août.

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Pour inverser la tendance de la dégradation des écosystèmes, le directeur général du WWF International appelle notamment à une révolution culturelle qui valorise vraiment la nature, lui donne, au sens propre, une valeur. © Thomas Hulik, Fotolia

Un appel à une mobilisation générale

Ainsi pour le directeur général du WWF International, Marco Lambertini, le monde doit trouver un accord pour sauver la nature. « Préserver la nature ce n'est pas juste protéger les tigres, les pandas ou les baleines que nous chérissons. C'est bien plus vaste : il ne peut y avoir de futur sain et prospère pour les hommes sur une planète au climat déstabilisé, aux océans épuisés, au sol dégradé et aux forêts vidées, une planète dépouillée de sa biodiversité. L'attention s'est beaucoup concentrée sur le climat, à juste titre. Mais nous avons oublié les autres systèmes. La seule bonne nouvelle est que nous savons exactement ce qui est en train de se passer. Les efforts de conservation déjà consentis ont porté leurs fruits. Mais l'approche doit changer. Car nous voici face à une accélération sans précédent des impacts. Comme à Paris pour le climat, nous devons montrer les risques qu'il y a pour nous, les humains, à perdre la nature. Dans les 12 prochains mois, nous - entreprises, gouvernements, ONG, chercheurs, etc. - devrons aussi définir un objectif clair et parlant, qui soit l'équivalent de l'objectif 1,5 °C/2 °C du climat. »

SE PROMENER DANS LES BOIS SANS CRAINDRE DE SE FAIRE TIRER DESSUS

Par Matthieu Ricard le 23 octobre 2018

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À la suite d’un nouvel accident de chasse qui a coûté la vie à un cycliste britannique en lisière de forêt en Haute-Savoie, un député propose d’interdire les vélos tout-terrain (VTT) pendant la saison de chasse. En voilà une bien bonne ! Quelques jours plus tard, Frédéric Habasque, un jeune surfer, raconte qu'il marchait tranquillement avec un ami vers la plage dans le Finistère, quand les deux jeunes gens entendent un énorme coup de feu avec le bruit des plombs tombant à proximité. Ils s'allongent immédiatement par terre pour se protéger. Après s'être relevés, ils ont vu deux chasseurs, en treillis et gilet orange, apparemment surpris, repartir sans un mot d'excuse malgré la colère des deux jeunes surfers. (1)

Depuis 2000, la chasse a causé 3050 blessés et 403 morts en France.

En France, 15 millions de randonneurs, plus de 20 millions de cyclistes, d’innombrables promeneurs, cueilleurs de champignons, groupes scolaires, naturalistes, artistes, photographes, sportifs, forment une écrasante majorité au regard du quelque 1,2 million de chasseurs en France. Ce serait donc ces dizaines de millions de Français qui devraient s’abstenir de se promener dans les bois pendant quatre mois pour que la minorité de chasseurs puisse continuer à tuer des animaux. Les réponses sur les réseaux sociaux n’ont pas manqué de relever l’absurdité de cette situation. Une personne dont la voiture avait été percée deux jours plus tôt par une autre balle perdue sur l’autoroute A2, suggérait que l’on ferme les autoroutes pendant quatre mois !

L’idée n’est sans doute pas venue à notre député de se faire l’avocat de la majorité de la population et de proposer des jours sans chasse, comme le font la plupart des pays européens. En Suisse, dans le canton de Neuchâtel, trois jours sans chasse dont le dimanche obligatoirement ; dans le canton de Genève, pas de chasse du tout, toute l’année. En Grande-Bretagne et aux Pays-Bas, pas de chasse le dimanche. En Espagne, deux à trois jours de chasse par semaine selon les provinces. Au Portugal, la chasse n’est autorisée que le jeudi et le dimanche. Autant de dispositions qui permettent à la majorité de la population de profiter de la nature sans craindre d’être victime d’un accident.

Dans la situation actuelle, l’influence des chasseurs s’étend sur la jouissance de ces espaces naturels, sur la sécurité de ceux qui souhaitent en jouir, sur la pérennité écologique de ces espaces et des espèces qui les peuplent, et finalement sur les instances gouvernementales. Comme l’explique Marc Giraud dans son excellent ouvrage Comment se promener dans les bois sans se faire tirer dessus (2) : « La surreprésentation des chasseurs dans les organismes consultés en amont de la publication des lois témoigne de cette absence de démocratie. »

Chaque année, plus de 200 millions de cartouches sont tirées dans les campagnes françaises, un quart lors de ball-traps et le reste pour la chasse. Avec une portée dangereuse de trois kilomètres, les balles perdues font peur aux chasseurs eux-mêmes. On compte en moyenne 150 à 200 blessés et une vingtaine de morts par an.

Sur les chemins publics, les chasseurs en activité demandent souvent aux promeneurs de faire demi-tour par mesure de sécurité. Ils posent des panneaux tels qu’« Attention chasse en cours », toutefois ceux-ci n’ont aucune valeur légale pour interdire la circulation. Vous pouvez donc passer — à vos risques et périls. Les citoyens qui poseraient des panneaux du genre, « Attention balade en cours », « photo de nature en cours » ou « observations ornithologiques en cours », risqueraient fort d’être la risée des chasseurs, ou pire.

La chasse serait « une nécessité pour l’écologie », comme nombre de chasseurs l’affirment, arguant de la prolifération des sangliers et des cervidés. Bien d’autres interventions, moins violentes, pourraient être envisagées dont la stérilisation des mâles dominants qui assurent la majeure partie de la reproduction. De plus, dans un milieu vraiment naturel, riche en biodiversité, les équilibres entre proies et prédateurs se stabilisent à des niveaux de densité optimaux sans qu’il soit nécessaire d’intervenir. En 1974, l’interdiction de la chasse dans le canton de Genève fut approuvée par référendum par 72 % de la population. Malgré les cris d’alarme des chasseurs, tout s’est bien passé : aujourd’hui, la faune du canton a retrouvé sa richesse et sa diversité, très appréciée par les promeneurs. Les sangliers n’ont pas envahi les terrains agricoles et leur population s’est régulée d’elle-même.

Récemment, sur la place d’un petit village où je séjournais, un dimanche matin un enfant de 5-6 ans passa près d’un groupe de chasseurs, fusil à l’épaule. Il interrogea sa mère sur les intentions de ces messieurs. Puis, il s’approcha d’eux et leur demanda avec une curiosité non feinte : « Alors, vous allez tuer ? » Un silence gêné fut la seule réponse. D’après une enquête sur leurs motivations, les chasseurs ne citent pas la recherche de nourriture, mais le contact avec la nature (99 %), la convivialité (93 %) et l’entretien des territoires (89 %) autant de buts louables en eux-mêmes qui n’exigent nullement de tuer des animaux.

Interrogé un jour à propos de la chasse, le naturaliste et explorateur Théodore Monod, avait répondu ainsi : « Que les hommes préhistoriques aient eu besoin de tuer des animaux, c’est évident. Actuellement, les Esquimaux tuent des phoques, les Bushmen des girafes, c’est nécessaire pour eux. Ils n’ont pas le choix. Mais ailleurs, c’est totalement anachronique. On ne chasse plus ici ni pour se défendre ni pour se nourrir. On chasse pour s’amuser. »

Pourtant, vingt morts inutiles chaque année n’amusent personne. Ces accidents n’amusent certainement pas les vingt millions de personnes qui hésitent à se promener dans les bois durant les périodes de chasse. Dans un tel contexte, les concessions récemment accordées aux chasseurs par le gouvernement français semblent donc non seulement anachroniques, mais singulièrement dénuées de discernement et de considération pour le sort des animaux et des citoyens

– ce renforcement est limité puisque la dernière expertise scientifique (MNHN, 2013) précise qu’il faudrait lâcher 6 à 17 ours sur l’ensemble des Pyrénées pour réduire de façon satisfaisante les risques d’extinction. Nécessité de recommencer à travailler pour atteindre l’objectif que la France s’est fixé dès 1992 ;

Fabrice Nicolino : "CONTRE LES PESTICIDES, C'EST MAINTENANT OU JAMAIS"

FN1.jpg 5 octobre 2018 / Entretien avec Fabrice Nicolino

L’Appel des coquelicots pour l’interdiction de tous les pesticides de synthèse a été lancé en septembre. En ce vendredi 5 octobre, à 18 h 30, se déroule un premier rassemblement devant les mairies. Fabrice Nicolino, un des initiateurs de l’appel, explique pourquoi il appelle à une mobilisation massive.

Rendez-vous ce soir, vendredi 5 octobre, à 18 h 30 devant votre mairie. Pourquoi ? Pour demander l’interdiction de tous les pesticides de synthèse. Et cela recommencera tous les premiers vendredis du mois, pendant deux ans. L’ambition est de réunir d’ici là cinq millions de personnes, afin de pousser le gouvernement à agir. Ce pari fou a été lancé le 12 septembre dernier par un Appel de la jeune association Nous voulons des coquelicots. Son président est Fabrice Nicolino, journaliste spécialiste des questions d’écologie et collaborateur de Reporterre. Il explique pourquoi il donne rendez-vous ce soir pour le premier rassemblement des coquelicots.

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ReporterreTu es engagé en faveur des questions écologiques depuis bien longtemps. Qu’est-ce qui t’a fait choisir la cause des pesticides en particulier ?

Fabrice Nicolino — Les pesticides sont un poison universel qui s’est infiltré dans tout ce qui est vivant. Mon sentiment est que l’on assiste à un événement de nature apocalyptique. Je sais que c’est un mot qui est connoté et qu’on hésite à employer, mais c’est celui que j’ai envie d’employer parce que ce qui me frappe, c’est la rapidité extraordinaire de la disparition de toutes formes de vie. Une étude du Muséum national d’histoire naturelle et du CNRS montre qu’un tiers des oiseaux a disparu en quinze ans en France. Si l’on s’en tient aux études allemandes, qui semblent pouvoir s’appliquer aussi à la France, elles disent que 80 % des insectes volants ont disparu. Il s’agit de chaînes alimentaires qui sont rompues probablement à jamais.

Tout le monde le sait, enfin peut-être 80 ou 90 % de la population et, dans le même temps, on ne fait rien. On doit attendre je ne sais quoi, Godot peut-être, mais rien ne se produit : on est spectateurs d’une catastrophe totale et qui menace beaucoup d’espèces vivantes et aussi la santé des humains ! Il ne s’agit pas seulement des forêts de Birmanie ou des océans au large des Galapagos, il s’agit de la France, qui a changé de visage en l’espace de 50 ans. Il suffit de regarder les papillons : c’est extravagant, jadis, au temps de ma jeunesse, il y avait des papillons absolument partout, dans tous les prés. Il y avait des coquelicots et des bleuets, parce qu’il n’y avait pas encore le même niveau de pesticides. Si on n’agit pas maintenant, là où on est, contre les pesticides, on ne fera rien parce qu’il n’y aura plus rien à faire.

Et puis, en ce qui concerne les pesticides, il y a une base « objective » au soutien d’un Appel comme celui-ci. En l’espace de 25 ans, des millions de gens ont commencé à consommer des produits bios. En 2016, selon l’Agence bio, 91 % des Français avaient consommé au moins une fois un produit bio.

Donc je me suis dit que d’abord, c’est maintenant ou jamais, et ensuite, qu’il existe une base réelle dans la société pour soutenir l’appel à l’interdiction de tous les pesticides.

Pourquoi une mobilisation sous forme d’Appel ?

C’est tout le contraire d’une pétition. C’est un appel à l’action, à une action qui va durer deux ans et qui consiste à rassembler au moins 5 millions de personnes. C’est très ambitieux, on a conscience que cela n’a jamais été fait.

Cet appel va se concrétiser dès aujourd’hui 5 octobre avec des rassemblements partout en France devant les mairies. Il y aura au total 24 rendez-vous mensuels devant les mairies, le premier vendredi de chaque mois, à 18 h 30. Ce qui est extraordinaire, c’est qu’avec des moyens dérisoires — on est une douzaine de bénévoles et on n’a pas un rond —, on a permis que des centaines de rassemblements se produisent le 5 octobre. Trois cents sont d’ores et déjà enregistrés dans le cadre du site. Mais compte tenu de ce que l’on entend, par-ci par-là, il y a énormément d’autres rassemblements qui n’y ont pas été enregistrés. On pense qu’il y aura au moins quatre cents rassemblements en France, ce qui est considérable.

Ils seront peut-être modestes. Mais c’est la première fois, le premier mois. L’idée, depuis le départ, est que l’on sera de plus en plus nombreux pour être, le dernier mois de l’appel, en octobre 2020, des centaines de milliers de gens, voire des millions, devant les mairies.

Tu parles d’action. Le fait de se rassembler devant les mairies est-il suffisant ?

Pour l’instant personne n’a rien fait, donc c’est déjà quelque chose de rassembler des gens, de les sortir de chez eux, de les faire quitter leurs ordinateurs et Facebook. C’est déjà quelque chose de différent, une action concrète. Notre rêve est qu’une sorte de Téléthon anti-pesticides se mette en place et que les gens inventent des formes d’action adaptées à ce qu’ils sont, à l’endroit où ils vivent, à la nature de leur travail. Dessiner un coquelicot et le mettre à sa fenêtre est déjà une action concrète qui engage la personne. Notre idée est que, pour obtenir cinq millions de soutiens, il faut aller loin dans la société française, toucher des gens qui ne sont pas habitués faire quelque chose, à montrer leur opinion. Il faut trouver des moyens de toucher les gens partout, dans le moindre recoin de la société française.

Ensuite, il y a deux hypothèses. Soit on ne réussit pas, mais cela n’empêche pas d’y aller. Soit on réussit à avoir un très grand soutien populaire à cet appel — qui est radical parce qu’il demande l’interdiction d’une industrie — et on sera face à un cas de figure inédit. Dans un pays démocratique, un pouvoir peut-il considérer que face à une société civile qui dit quelque chose, il peut détourner le regard et passer à autre chose ? Je pense que non, que si on arrive à des millions de soutiens, cela créera une onde de choc, en France mais aussi en Europe et pourquoi pas dans le monde. Car je pense que cet appel concerne la totalité de la planète, même si on commence par la France.

Il faut montrer qu’une société vivante a le droit d’exiger un certain nombre de choses. C’est le grand enjeu de cet appel : si la société est vivante, elle saura se défendre et va nous rejoindre facilement. Et si par extraordinaire, elle ne nous rejoignait pas, que faudrait-il en conclure ? Que rien n’est possible. Si une société ne se défend pas contre des poisons qui vont jusque dans ses tréfonds, elle ne se défendra pas non plus contre le dérèglement climatique ou la disparition de la biodiversité. Elle va accepter toutes les conséquences de la crise écologique. Je plaide pour un sursaut de nature historique.

Les pesticides ont commencé il y a environ 70 ans en France. Il y a un début. Maintenant il faut voir si on est capable de décider collectivement de la date de fin des pesticides en France.

FN3.jpg Si vous obtenez l’interdiction des pesticides, comment imaginez-vous la suite, notamment pour les agriculteurs ?

Je vais dire les choses avec simplicité. Notre Appel ne vise pas les agriculteurs. Je crois que le mot n’est même pas énoncé. Ce n’est pas le sujet de notre Appel. Notre Appel est une réaction d’autodéfense de la société qui est confrontée à un poison. Si la société est capable de se lever pour dire qu’elle ne veut plus de poison, elle saura trouver les voies pour se passer de pesticides et aider les paysans à se sortir du piège épouvantable que ces produits représentent pour eux. Un très grand nombre d’agronomes ont établi que l’agriculture écologique, ou l’agroécologie sont les seules susceptibles de faire face à l’existence de 10 milliards d’êtres humains sur Terre d’ici quelques décennies. Là aussi, ce n’est pas une option.

Notre rôle est de dire que ce système des pesticides doit disparaître parce qu’il est mauvais pour tous. C’est un cri pour arrêter une machine infernale. On veut montrer la vitalité de la société française face à une menace globale qui est très grave.

Que pensez-vous de l’interdiction des néonicotinoïdes, entrée en vigueur le 1er septembre dernier ?

On fête une victoire parce que les néonicotinoïdes, qui ont tué une grande partie des abeilles, sont interdits au bout de 25 ans ? Ce n’est pas une victoire, c’est une énorme défaite.

Les pesticides sont un système qui fonctionne très bien avec des interdictions rituelles. Quand des pesticides sont interdits, d’autres prennent la suite. Pour les néonicotinoïdes, dès les premiers épandages de Gaucho sur les grandes cultures en 1992, les apiculteurs se sont rendu compte qu’il y avait une surmortalité délirante dans leurs ruchers. L’alerte a été donnée tout de suite. Et on est en 2018. Toutes les équipes politiques de droite et de gauche qui se sont succédé ont soutenu les néonicotinoïdes, ont refusé l’interdiction, permettant au passage à Bayer et BASF de rentabiliser leur poison. Il a donc fallu un quart de siècle pour obtenir leur interdiction mais il y a d’ores et déjà d’autres produits en circulation, ou qui seront bientôt en circulation. Par exemple il y a eu une alerte il y a six mois de la part de scientifiques de l’Inra [Institut national de la recherche agronomique], l’Inserm [Institut national de la santé et de la recherche médicale], du CNRS [Centre national de la recherche scientifique], qui mettent en garde contre les fongicides SDHi, et qui craignent qu’ils expliquent, notamment, l’augmentation considérable d’encéphalopathies graves chez les enfants. Et pourtant, ils sont épandus sur 70 % des surfaces de blé tendre en France.

Donc, les pesticides, c’est un système, ça ne finit jamais. La bataille est perdue d’avance si on ne remet pas en cause le système dans sa globalité. Il y a toujours d’autres produits pour remplacer ceux qui sont interdits après avoir fait des désastres monumentaux. Ou on attaque le système des pesticides, ou on se condamne à des campagnes perpétuelles, perpétuellement perdues. Au Grenelle de l’environnement, il a été décidé de diminuer de 50 % l’usage des pesticides, cela a coûté des milliards d’euros et pourtant, la consommation de pesticides a augmenté de 20 %. C’est un système pratiquement indestructible, qui est enraciné dans l’appareil d’État, qui a le soutien du ministère de l’Agriculture, d’une partie de l’Inra, de la FNSEA [Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, principal syndicat d’agriculteurs]. Il faut changer d’état d’esprit. On s’est tellement pris de coups sur la gueule depuis des décennies, on est allé si loin dans la destruction des formes de vie qu’il n’est que temps de réagir et d’unir toutes les forces disponibles pour gagner, pour abattre ce système des pesticides par l’affirmation d’une société vivante.

Je m’adresse à chaque lecteur de Reporterre en disant : c’est maintenant. Il faut que l’on accepte de donner du temps et de l’énergie pour une cause supérieure. C’est un appel insistant à l’action collective. C’est fondamental. J’entends trop souvent des gens qui disent : « Mais, qu’est-ce qu’on peut faire ? » Je dis : « Passons à l’action. Arrêtons de nous plaindre. » Il faut une perspective concrète qui mobilise chacun. Chacun doit trouver sa force et sa manière de répondre à l’Appel des coquelicots.

Propos recueillis par Marie Astier

NOUS VOULONS DES COQUELICOTS

APPEL À LA RÉSISTANCE POUR L’INTERDICTION DE TOUS LES PESTICIDES appel-a4-v2.jpg Les pesticides sont des poisons qui détruisent tout ce qui est vivant. Ils sont dans l’eau de pluie, dans la rosée du matin, dans le nectar des fleurs et l’estomac des abeilles, dans le cordon ombilical des nouveau-nés, dans le nid des oiseaux, dans le lait des mères, dans les pommes et les cerises. Les pesticides sont une tragédie pour la santé. Ils provoquent des cancers, des maladies de Parkinson, des troubles psychomoteurs chez les enfants, des infertilités, des malformations à la naissance. L’exposition aux pesticides est sous-estimée par un système devenu fou, qui a choisi la fuite en avant. Quand un pesticide est interdit, dix autres prennent sa place. Il y en a des milliers. Nous ne reconnaissons plus notre pays. La nature y est défigurée. Le tiers des oiseaux ont disparu en quinze ans ; la moitié des papillons en vingt ans ; les abeilles et les pollinisateurs meurent par milliards ; les grenouilles et les sauterelles semblent comme évanouies ; les fleurs sauvages deviennent rares. Ce monde qui s’efface est le nôtre et chaque couleur qui succombe, chaque lumière qui s’éteint est une douleur définitive. Rendez-nous nos coquelicots ! Rendez-nous la beauté du monde ! Non, nous ne voulons plus. À aucun prix. Nous exigeons protection. Nous exigeons de nos gouvernants l’interdiction de tous les pesticides [1] en France. Assez de discours, des actes.

https://nousvoulonsdescoquelicots.org/